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Abdellatif Laâbi, Sous le baîllon le poème / Sotto il bavaglio la poesia

Chronique de la citadelle d’exil

de Sous le baîllon le poème – Poèmes et autres textes de prison, 1972-1980

Cronaca dalla cittadella d’esilio

da Sotto il bavaglio la poesia – Poesie e altri scritti dalla prigione, 1972-1980

Écrire, écrire, ne jamais cesser. Cette nuit et toutes les nuits à venir.

Quand je suis enfin face à moi-même et que je dois déposer mes bilans. Plus d’uniforme. Je ne suis plus l’arpenteur égaré d’un espace calculé pour la promenade réglementaire. Je n’obéis plus à la misère des ordres. Mon numéro reste derrière la porte. J’ai fini de boire, manger, uriner, déféquer. J’ai fini de parler pour appeler les choses par leurs noms usés. Je fume d’interminables cigarettes dont la fumée ressort des poumons en éclats de chaînes, en volutes âcres de rejets. La nuit carcérale a englouti les lumières artificielles du jour. Des étoiles échevelées peuplent la voûte des visions.

Écrire.

Quand je m’arrête, ma voix devient toute drôle. Comme si des notes inconnues s’accrochaient à ses cordes, poussées par des tempêtes étranges, venues de toutes les zones où la vie et la mort se regardent et s’épient, deux fauves aux couleurs inédites, chacun tapi, prêt à bondir, lacérer, anéantir le principe qui fonde l’autre.

Écrire.

Je ne peux plus vivre qu’en m’arrachant de moi-même, qu’en arrachant de moi-même mes points de rupture et de suture, là où je sens davantage la déchirure, la collision, là où je me fragmente pour revivre dans d’incalculables ailleurs : terre, racines, arbres d’intensité, effervescence grenue à la face du soleil.

Écrire.

Quand l’indifférence s’évanouit. Quand tout me parle. Quand ma mémoire devient houleuse et que ses flots viennent se fracasser contre les rivages de mes yeux.

Je déchire l’amnésie, surgis armé et moissonneur implacable dans ce qui m’arrive, dans ce qui m’est arrivé.

Doucement mon émoi. Doucement ma détresse de ce qui fuit. Doucement ma fureur d’être.

Écrire.

Quand il m’est impossible de seulement penser à toi. Et que ma main n’en peut plus de brûler à ton absence là, ton souffle régulier ou haletant, l’odeur de tes cheveux, l’infini de ton épaule, ce silence où je devine coulant tout doucement en moi chaque variation de ta sensibilité. Tu déplaces une main, tu croises ou décroises les jambes, tes paupières cillent, et je sais l’exact frisson qui te traverse, le moment où cette lumière t’incommode, l’instant où tes narines frémissent à la fragrance qui vient de naître, l’image, oui l’image filante qui a brouillé tes iris. Tant de bonheur, est-ce possible ? Tu as la chair de poule seulement au bras gauche et tu plonges de nouveau dans cette vague mutuelle qui nous berce.

Mais doucement ma tendresse. Doucement ma fringale de certitude. Doucement mon rêve destructeur d’aphasie.

Écrire, écrire, ne jamais cesser.

Dix ans. C’est quoi dans l’équation d’une vie ? C’était une aube, au creux de ta chaleur. Quand t’étais-tu endormie ? Quand suis-je rentré ? Puis la sonnette s’est affolée. Ils défonçaient la porte à coups de poing. Nous avions su tout de suite. J’ai bondi hors du lit, me suis mis à la fenêtre, ai écarté précautionneusement le rideau. La voiture noire était en bas, dans la rue. Phares éteints. Une Fiat 125. Plus de doute. Puis nous avons entamé les préparatifs, comme pour un long voyage. La sonnette s’affolait. Ils défonçaient la porte à coups de poing.

Écrire.

Impossible de faire autrement. J’ai réfléchi à m’en trouer la cervelle sur ce besoin qui m’a investi. Depuis si longtemps. Et qui fait que la réalité qui se présente à moi est toujours fonction d’une autre, à venir. Qui fait que le présent est un projet permanent, le lieu où j’accumule la matière, les matériaux d’un édifice dont je ne connais encore rien, que je ne peux qu’appréhender comme la pulsation d’un nouvel organe qui s’est logé en moi, grossit à faire mal et petit à petit organise sa fonction. Comment dire cet espionnage vigilant et maniaque du réel ? Et son arène, c’est le vaste théâtre de nos luttes, de nos douleurs, du génocide et des résurrections, de toute vitalité qui ploie sous le joug du silence, de tous les cris clandestins, de toutes les mémoires décapitées.

J’ai réfléchi à m’en trouer la cervelle sur ce besoin qui m’a investi. Mais doucement ma lucidité. Doucement ma hargne contre les ténèbres de l’indicible.

Scrivere, scrivere, non smettere mai. Questa notte e tutte le notti a venire.

Quando sono infine al cospetto di me stesso e devo depositare i miei bilanci. Via l’uniforme. Non sono più l’agrimensore smarrito di un spazio calcolato per la passeggiata regolamentare. Non obbedisco più alla miseria degli ordini. Il mio numero resta dietro la porta. Ho finito di bere, mangiare, urinare, defecare. Ho finito di parlare per chiamare le cose coi loro logori nomi. Aspiro interminabili sigarette il cui fumo mi fuoriesce dai polmoni in scoppi di catene, in acri volute di rifiuti. La notte carceraria ha inghiottito le luci artificiali del giorno. Stelle scarmigliate popolano la volta delle visioni.

Scrivere.

Quando mi fermo, la mia voce diventa strana. Come se note sconosciute si aggrappassero alle sue corde, spinte da tempeste straniere, venute da tutte le zone in cui la vita e la morte si guardano e si spiano, due fiere dai colori inediti, ciascuna rannicchiata, pronta a balzare, lacerare, annientare il principio fondante dell’altra.

Scrivere.

Non posso più vivere che strappandomi da me stesso che strappando di me stesso i punti di rottura e di sutura, là dove sento oltre lo strappo, la collisione, là dove mi frammento per rivivere nell’incommensurabile altrove: terra, radici, alberi d’intensità, effervescenza granulosa di fronte al sole.

Scrivere.

Quando l’indifferenza viene meno. Quando tutto mi parla. Quando la mia memoria si fa ondosa e i suoi fiotti vengono a fracassarsi contro le rive dei miei occhi.

Lacero l’amnesia, mi levo armato, mietitore implacabile in ciò che mi succede, in ciò che mi è successo.

Dolcemente mio turbamento. Dolcemente mio sconforto per ciò che sottrae. Dolcemente mio furore d’essere.

Scrivere.

Quando mi è impossibile anche solo pensarti. E la mia mano non ne può più di bruciare alla tua assenza là, il tuo respiro regolare o ansante, l’odore dei tuoi capelli, l’infinito della tua spalla, questo silenzio in cui intuisco fluire dolcemente in me ogni variazione della tua sensibilità. Sposti una mano, incroci o sciogli le gambe, le tue palpebre ammiccano, e io so perfettamente il brivido che ti attraversa, il momento in cui questa luce t’infastidisce, l’istante in cui le tue narici fremono alla fragranza appena nata, l’immagine, l’immagine filante che ti ha confuso l’iride. È possibile tanta felicità? Hai la pelle d’oca al braccio sinistro soltanoto e ti reimmergi in quest’onda condivisa che ci culla.

Ma dolcemente mia tenerezza. Dolcemente mia violenta fame di certezza. Dolcemente mio sogno distruttore d’afasia.

Scrivere, scrivere, non smettere mai.

Dieci anni. Cosa sono nell’equazione di una vita? Era un’alba, nel nucleo del tuo calore. Quando ti eri addormentata? Quando sono rientrato? Poi il campanello è impazzito. Stavano sfondando la porta a forza di pugni. Abbiamo capito subito. Sono balzato fuori dal letto, mi sono messo alla finestra, ha scostato con cautela la tenda. L’automobile nera era laggiù, sulla strada. Fari spenti. Una Fiat125. Niente più dubbi. Poi abbiamo iniziato i preparativi, come per un lungo viaggio. Il campanello era impazzito. Stavano sfondando la porta a forza di pugni.

Scrivere.

Impossibile fare diversamente. Ho riflettuto fino a fondermi il cevello su questa necessità che mi ha investito. Da così tanto tempo. E che fa sì che la realtà che mi si presenta sia sempre funzione di un’altra, a venire. Che fa sì che il presente sia un progetto permanente, il luogo in cui accumulo la sostanza, i materiali di un edificio di cui non conosco ancora niente, che posso apprendere soltanto come la pulsazione di un nuovo organo che si è installato in me, che s’ingrossa fino a far male, e a poco a poco organizza la sua funzione. Come dire questo spionaggio vigile e maniacale del reale? E la sua arena, è il vasto teatro delle nostre lotte, dei nostri dolori, del genocidio e delle risurrezioni, di ogni vitalità che piega sotto il giogo del silenzio, di tutte le grida clandestine, di tutte le memorie decapitate.

Ho riflettuto fino a fondermi il cervello su questa necessità che mi ha investito. Ma dolcemente mia lucidità. Dolcemente mio astio contro le tenebre dell’indicibile.

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Écrire.

Ce matin glacial de janvier. Premier jour d’exil. J’étais couché sur un banc, pieds et mains ligotés. Un chiffon me couvrait entièrement le visage. L’eau coulait, traversait le linge, se versait dans le nez. Impossible d’en boire.

– Verse par petites quantités, disait quelqu’un à un autre.

– Et toi, maintiens-lui la tête bien collée au banc, chuchotait la même voix.

– Verse encore, encore un peu, s’acharnait la voix.

– Ça suffit maintenant, concluait la voix.

On aurait dit une démonstration autour d’une table de dissection. « Conscience professionnelle », souci du travail « propre » et bien fait.

Je ne les voyais pas. J’entendais des voix à distances inégales, le bruit des souliers raclant le sol. Des mains visqueuses aplatissaient ma tête contre le banc. J’étouffais lentement. Je pensais au rythme de la résistance et de la mort pressentie. Mais quelle image, quel éclair d’idée de ce foisonnement pourraient rendre l’ampleur de ce moment où la ligne de vie se distendait, s’amincissait comme une corde à linge tirée violemment par les deux bouts et qui arrive au point où les fils commencent à craquer un à un ?

Écrire, ne pas s’arrêter.

À chaque page triompher de ce malaise, de ce sentiment d’inanité qui me paralyse par à-coups. Peut-on écrire, seulement écrire pour ébranler la férule de l’état de siège, lorsque chaque rue est devenue un traquenard, lorsque les réduits de la torture affichent complet, lorsqu’un peuple entier se vide quotidiennement de son sang, lorsqu’un pays est mis aux enchères, découpé en petits et gros lots de lupanars, de bases de meurtre, de chairs-graisse à machines, de mains esclaves. Et que dire que l’homme-de-la-rue, que le moindre adolescent jeté sur le trottoir du chômage et de l’errance ne connaissent et reconnaissent comme la face livide du malheur familier : attente, matraque, mépris, balles, haine solidifiée.

Mais doucement affres du doute. Doucement ma nausée. Doucement mon volcan irrédentiste.

Écrire.

Cette nuit devant moi, neuve de son silence, des mots qui germent, s’ordonnent et qui viendront entrelacer mon souffle, l’agencer en voix. Il fait bon fumer.

Un train siffle dans le lointain. S’approche. Essaim de lucioles invisibles. Chaleur dans les compartiments. Le bar bondé de consommateurs. Voyageurs somnolents aux rêves cahotés, plus ou moins érotiques.

Un autre train s’en détache, roule dans la plaine andalouse, me restitue Grenade. Nous deux à Grenade. Tout était émerveillement : s’accouder à un zinc pour prendre un petit verre de jerez, se donner la main, épeler le nom des rues, regarder travailler les artisans calligraphes, dépositaires de l’héritage de l’Alhambra, demander son chemin à des passants avec lesquels le dialogue même le plus élémentaire vous transmet un frisson de fraternité, dormir, se réveiller au même degré d’intensité. Grenade où il était déchirant de s’aimer.

Un train siffle dans le lointain. S’approche. Me traverse de part en part. Se détache du tunnel de mon corps. Et de nouveau le silence que trouble si peu l’aboiement timide d’un chien probablement dérangé dans son assoupissement.

Scrivere.

Questo mattino glaciale di gennaio. Primo giorno d’esilio. Ero coricato su una panca, piedi e mani in catene. Uno straccio mi copriva interamente il volto. L’acqua colava, attraversava il panno, si versava nel naso. Impossibile berne.

– Versa in piccole quantità, diceva qualcuno a qualcun altro.

– E tu, tienigli la testa ben attaccata alla panca, sussurrava la stessa voce.

– Versa ancora, ancora un poco, si accaniva la voce.

– Per ora basta così, concludeva la voce.

Si sarebbe detta una dimostrazione intorno a un tavolo anatomico. “Deontologia professionale”, preoccupazione di fare un lavoro “giusto” e ben fatto.

Non li vedevo. Sentivo voci a distanze diverse, il rumore delle scarpe che raschiano il suolo. Mani vischiose mi schiacciavano la testa contro la panca. Soffocavo lentamente. Pensavo al ritmo della resistenza e della morte presagita. Ma quale immagine, quale lampo di idea di questa profusione potrebbe rendere l’ampiezza del momento in cui la linea della vita si allentava, si assottigliava come un filo da bucato violentemente tirato alle due estremità e che arriva al punto in cui i fili cominciano a strapparsi a uno a uno?

Scrivere, non fermarsi.

A ogni pagina trionfare su quel malessere, su quel sentimento d’inanità che a tratti mi paralizza. Si può scrivere, soltanto scrivere per scuotere l’autorità dello stato d’assedio, quando ogni strada è diventata una trappola, quando i tuguri della tortura hanno fatto il tutto esaurito, quando un popolo intero si vuota quotidianamente del suo sangue, quando un paese è messo all’asta, suddiviso in grandi e piccoli lotti di postriboli, campi della morte, di carne-grasso per auto, di mani schiave. E che dire che l’uomo-della-strada, dell’adolescente gettato sul marciapiede della disoccupazione e dell’erranza non conoscano e riconoscano come il volto livido della disgrazia familiare: attesa, manganello, disprezzo, proiettili, odio inasprito.

Ma dolcemente tormenti del dubbio. Dolcemente mia nausea. Dolcemente mio vulcano irredentista.

Scrivere.

Questa notte davanti a me, nuova del suo silenzio, parole che germogliano, si ordinano e che verranno a intrecciare il mio respiro, a disporlo in voce. Fa bene fumare.

Un treno fischia in lontananza. Si avvicina. Sciame di lucciole invisibili. Caldo negli scompartimenti. Il bar pieno di avventori. Viaggiatori sonnolenti dai sogni sballottati, più o meno erotici.

Un altro treno se ne stacca, si muove nella pianura andalusa, mi restituisce Granada. Noi due a Granada. Tutto era stupore: appoggiarsi a un bancone per prendere un bicchierino di jerez, darsi la mano, sillabare il nome delle strade, guardare gli artigiani calligrafi al lavoro, depositari dell’eredità dell’Alhambra, chiedere la strada ai passanti coi quali il dialogo, anche il più elementare, ti trasmette un brivido di fraternità, dormire, svegliarsi allo stesso grado d’intensità. Granada dove era straziante amarsi.

Un treno fischia in lontananza. Si avvicina. Mi attraversa da parte a parte. Si distacca dal tunnel del mio corpo. E di nuovo il silenzio che turba così poco il timido latrato di un cane, probabilmente disturbato mentre era assopito.

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Écrire.

Au jour le jour l’étau. Prisonnier ! Qu’est-ce à dire ? Une cellule tout ce qu’il y a de plus cellule : 2,30 mètres x 1,30 mètre environ. Cubage dans les normes paraît-il. Murs blanchis à la chaux, oh si chichement. Une ampoule suintant la misère de ses 25 watts encastrée dans le mur, mise hors d’atteinte par un verre dépoli massif, un w.-c. à la turque surmonté d’un robinet en cuivre, la petite fenêtre réglementaire avec les non moins réglementaires barreaux d’épaisseur respectable et, grand luxe, une petite étagère où le « pensionnaire » pourra ranger ses affaires. Devant vous, la porte grise avec son judas lui-même aveuglé par un système ingénieux de plaque métallique à glissière, à son tour perfectionné par un autre système de blocage constitué d’un fil de fer qui passe dans un anneau au milieu de la plaque et l’immobilise à la base. Vous avez enfin une plate-forme en maçonnerie enduite de ciment qui prend pompeusement la moitié de l’espace et reçoit la paillasse. C’est là que le pensionnaire trône, dort, fait ses cauchemars et parfois, au bout d’un dédale de raisonnements obscurs et d’hallucinations, décide de se suicider. Nous sommes bien sûr à la « Maison centrale », le joyau de la chaîne des pénitenciers du Pays du soleil.

Écrire.

Au jour le jour l’étau. Au jour le jour sa négation. Le ciel irréel et muet s’anime d’une foule de nuages alertes, reproduit la geste terrestre. Le soleil bondit par-dessus les murailles, renverse la grisaille et rassure sur l’imminence du printemps. L’air circule gonflé à bloc d’inextricables messages. Des oiseaux irrépressibles étalent leurs offrandes de couleurs, construisent, se reproduisent, apprennent à voler, braquent sur les yeux des miroirs flamboyants où se reflète la marche de la vie. Le rêve s’étoffe, devient vision organique de ce que la lucidité dévoile. Le futur n’a rien d’incertain, il irradie, sature le présent de sa matérialité.

Au jour le jour, ce prodige qui consiste à vivre, se transformer, mieux aimer, espérer plus fort, connaître le bonheur, abolir la solitude, battre au rythme cardiaque du monde, au cœur même de la citadelle érigée pour la mort lente, la dégradation, la soumission grégaire, le cynisme, la tristesse sauvage, l’exil humain. Alors il faudra bien, de cercle en cercle, réunir les fragments éparpillés, il faudra bien partir à cette nouvelle conquête de ses propres actes.

Écrire, écrire, ne jamais cesser.

L’itinéraire de notre transformation. De nous deux, qui a converti l’autre aux exigences d’amour ? Comment démêler dans ce patrimoine indivis les éblouissantes offrandes que tu m’as portées, les dons fougueux que j’ai mis entre tes mains ? Qu’est-ce qui fonde l’amour, le transfigure sans cesse ? Et qu’est-ce qui le rend tragique, muraille d’aveuglement et d’égoïsme ? Qu’est-ce qui le brise lorsqu’il se déroule comme tous les ruisseaux inconscients de l’existence et qu’est-ce qui le ressuscite des cendres et vieilles peaux d’hommes et de femmes anciens ?

Il y a tant de zones à régénérer en l’homme, tant de fenêtres à ouvrir en son cœur, tant de facultés à libérer de la caverne d’hibernation. Le plus difficile est bien de ne pas créer de nouvelles illusions au moment même où on détruit les anciennes. Car l’amour est un continent fragile, qui ne fait qu’émerger, un continent qu’éclaire son propre soleil et sur lequel nous ne faisons que débarquer. Et si nous connaissons bien le périple qui nous y a conduits, nous avons tant à explorer, et bien d’autres périples nous attendent.

Écrire.

Est-ce l’épreuve seule qui a fait de nous ce que nous sommes devenus, dans notre rapport l’un à l’autre, dans nos rapports aux autres ? Il a fallu nous connaître, nous faire mal, errer de piétinements en balbutiements, nous taire et nous isoler faute de comprendre, triompher allègrement lorsqu’un rayon de lumière venait nous révéler une nouvelle acception de la tendresse, épauler notre désarroi, nous ouvrir la voie pour une étape inédite. Puis nous nous sommes mis à parler à mesure que le monde autour de nous devenait plus réel, à mesure que la poésie nous humanisait, à mesure que notre peuple par ses luttes et ses sacrifices nous octroyait une patrie vivable, à mesure de notre propre réveil au don. Tout ce périple, au bout duquel nous avons découvert que nos mains se ressemblaient terriblement, où nous avons découvert la fraternité.

Écrire.

De nouveau cette nuit incommensurable. Un avion surgit brusquement dans le silence. Son vrombissement éclate comme des orgues aériennes détraquées. Il doit s’apprêter à atterrir. Pourquoi est-ce si poignant ? Et mon corps comme une caisse de résonance qui fourmille de partout.

Tu vois, un rien déclenche en moi ta présence, ce qui ne peut être simple souvenir mais vécu vibratoire qui me secoue sur mon grabat, me serre la gorge, me fait déposer le stylo, allumer machinalement une cigarette et m’éloigne dans cet espace croisé qui défie le temps et où nous marchons côte à côte, comblés.

Scrivere.

Giorno per giorno la morsa. Prigioniero! Ovvero? Una cella, la cella per antonomasia: 2,30 metri x 1,30 metri circa. Metratura nella norma sembrava. Muri imbiancati di calce, oh così miseramente. Una lampadina che trasuda la miseria dei suoi 25 watt, incastrata nel muro, posta fuori portata dietro uno spesso vetro smerigliato, un w.c. alla turca sormontato da un rubinetto in rame, la finestrella regolamentare con altrettanto regolamentari sbarre di rispettabile spessore e, grande lusso, una piccola mensola dove il “pensionante” potrà sistemare le sue cose. Davanti a voi, la porta grigia col suo spioncino, anch’esso oscurato da un ingegnoso marchingegno, formato da una lastra metallica a scorrimento, a sua volta perfezionata da un altro sistema di protezione costituito di un filo di ferro che scorre in un anello al centro della lastra e la fissa alla base. Eccovi infine una piattaforma in muratura rivestita di cemento che prende enfaticamente la metà dello spazio e ospita il pagliericcio. È là che il pensionante troneggia, dorme, fa i suoi incubi e talvolta, alla fine di un dedalo di ragionamenti oscuri e d’allucinazioni, decide di suicidarsi. Proprio cos’, siamo alla “Maison Centrale”, il fiore all’occhiello della catena di penitenziari del Paese del sole.

Scrivere.

Giorno per giorno la morsa. Giorno per giorno la sua negazione. Il cielo irreale e muto si anima di una folla di rapide nubi, riprodotto il gesto terrestre. Il sole balza sopra le muraglie, rovescia il grigiore e rassicura sull’imminenza della primavera. L’aria circola gonfiata in blocchi d’inestricabili messaggi. Uccelli inarrestabili stendono le loro offerte di colori, costruiscono, si riproducono, imparano a rubare, puntano sugli occhi degli specchi fiammeggianti, dove si riflette la marcia della vita. Il sogno si appesantisce, si fa visione organica di ciò che la lucidità rivela. Il futuro non ha nulla d’incerto, irradia, satura il presente della sua materialità. Giorno per giorno, questo prodigio che consiste nel vivere, trasformarsi, amare, sperare più forte, conoscere la felicità, abolire la solitudine, pulsare a ritmo col battito cardiaco del mondo, nel cuore stesso della cittadella eretta per la morte lenta, il degrado, la sottomissione gregaria, il cinismo, la tristezza selvaggia, l’esilio umano. Converrà perciò riunire, di cerchio in cerchio, i frammenti sparpagliati, converrà partire per questa nuova conquista dei propri stessi gesti.

Scrivere, scrivere, non smettere mai.

L’itinerario della nostra trasformazione. Ch di noi due ha convertito l’altro alle esigenze dell’amore? Come sbrogliare in questo patrimonio indiviso le abbaglianti offerte che mi hai portato, i doni infuocati che ti ho posto tra le mani? Cos’è che fonde l’amore, lo trasfigura senza tregua? E cosa lo rende tragico, muraglia d’accecamento e d’egoismo? Cosa lo spezza quando si dipana come tutti i ruscelli incoscienti dell’esistenza e cosa lo resuscita dalle ceneri e dalle vecchie pelli di uomini e donne anziani?

Ci sono tante zone da rigenerare nell’uomo, nel suo cuore tante finestre da aprire, tante facoltà da liberare dalla caverna in cui sono ibernate. Il difficile sta proprio nel non creare nuove illusioni nel momento stesso in cui si distruggono le vecchie. Perché l’amore è un continente fragile, che non fa che emergere, un continente illuminato dal suo sole e su cui noi ci limitiamo a sbarcare. E se conosciamo bene il periplo attraverso il quale siamo giunti lì, abbiamo tanto da esplorare, e ben altri peripli ci attendono.

Scrivere.

Questa è la sola prova che ha fatto di noi ciò che siamo diventati, nel nosto rapporto reciproco, nei nostri rapporti con gli altri? Abbiamo avuto bisogno di conoscerci, farci male, passare dal battere i piedi al balbettare, tacere e isolarci per incomprensione, trionfare felicemente quando un raggio di luce veniva a rivelarci una nuova accezione della tenerezza, imbracciare il nostro smarrimento, aprirci la via per una tappa inedita. Poi ci siamo messi a parlare a mano a mano che il mondo intorno a noi diventava più reale, a mano a mano che la poesia ci umanizzava, a mano a mano che il nostro popolo con le sue lotte e i suoi sacrifici ci consegnava una patria vivibile, a mano a mano che ci risvegliavamo al dono. Tutto questo periplo, in fondo al quale abbiamo scoperto che le nostre mani si somigliavano terribilmente, dove abbiamo scoperto la fraternità.

Scrivere.

Di nuovo questa notte incommensurabile. Un aereo spunta bruscamente nel silenzio. Il suo rombo esplode come gli organi aerei guasti. Deve prepararsi ad atterrare. Perché è così straziante? E il mio corpo come una cassa di risonanza che formicola da capo a piedi. Vedi, un niente scatena in me la tua presenza, ciò che non può essere semplice ricordo ma vissuto vibrante che mi scuote sul giaciglio, mi serra la gola, mi fa deporre la penna, accendere meccanicamente una sigaretta e mi allontana in questo spazio a croce che sfida il tempo e dove camminiamo fianco a fianco, felici.

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Écrire.

Dois-je l’avouer. Je n’ai qu’une relative confiance en les mots, quand bien même je les tourne et les retourne dans tous les sens, les prononce à haute voix pour vérifier si le timbre n’en est pas fêlé, s’il ne s’est pas glissé dans le nombre quelques unités de mauvais aloi. Et quand je les enfile et ordonne, je dois me relire et me relire pour m’assurer encore que ce que j’ai écrit n’est ni ésotérique ni étranger à ce qui est recevable comme le fonds commun de nos peines et espérances. Écrire est une telle responsabilité. Et du moment que je l’assume (oh oui je l’assume), il n’est pas possible de biaiser, de se contenter de l’à-peu-près. Il faut pouvoir défendre chaque mot, chaque phrase, et si possible n’avoir rien à défendre, faire en sorte qu’ils s’adressent et s’imposent à la sensibilité de chacun comme ce crépitement familier de la pluie indispensable à la terre, comme ces fleurs innombrables et souvent étranges sans lesquelles le printemps avorte.

Mais doucement mon intransigeance. Doucement démon rationnel de la poésie.

Écrire, écrire, ne jamais cesser. Cette nuit et toutes les nuits à venir.

Encore une nuit où je ne peux qu’écrire, me heurter à ce silence qui me nargue dans son idiome d’exil. Je me tends entièrement pour explorer cette voix de la nuit carcérale.

J’écoute, et peu à peu j’en perçois l’harmonie, j’en parcours l’étendue, reçois comme en contrepoint ses échos sanglants. Je traque le silence, lui arrache la puissante rumeur contre laquelle ses digues cèdent de plus en plus, s’effondrent en un fracas qui m’éblouit et s’éparpillent dans la nuit.

Le pays vient à moi, chant aérien surgi du fond de l’histoire, forge d’incandescence et de sueurs, de muscles huilés battant l’enclume de la matière rebelle, semailles, moissons, pain et olives noires partagés, écume de thé brûlant dont on se passe le verre de main en main, trompes, musettes et tambours soulevant les ruelles en processions bariolées, rires et trémoussements d’enfants ivres de musiques et de parfums, chevilles rouges de femmes juchées sur des tables rondes, battant la mesure avec les pieds, les seins vibrant en mûres grenades de fraîcheur, frénésie de crotales, musiciens déconnectés égorgeant ostensiblement des violons surchauffés, électrocutant les tambourins, éventrant des luths dodus flambant de toutes leurs incrustations. Long silence puis le pays revient à moi, la face ravagée, méconnaissable. Cris ici ou là, d’une rixe, d’un viol, d’un meurtre. Cris d’enfants aux yeux hagards fouettés pour apprendre et se taire. Cris de deuils et de pleureuses se lacérant les joues, s’arrachant les cheveux, battant le sol de leurs foulards, se tapant les cuisses et se cognant la tête contre les murs. Cris de nourrissons abandonnés dans les baraques des bidonvilles, dans la pénombre de tous les manques. Cris chauffés à blanc de malnutrition et de fièvres. Cris de femmes battues à mort par des mâles saouls et désespérés. Gémissements et râles de ces femmes terrorisées, embrassant les pieds de leur agresseur pour demander pitié, pour l’amour de Dieu, pour les enfants, pour les misères partagées. Cris de Mars portés par le vent de haine des insurgés, écoliers mitraillés en plein soleil des fausses indépendances, blindés dinosauriens contre de tout petits rêves pressentis dans la germination des jours, la marée du soleil, le sourire des hommes. Cris de mes camarades sous le perchoir, la pau de ara, la magnéto. Cris quand le cri devient espéranto de résistance, mélopée épique du drame humain et de l’espérance. Oh mes doux camarades, ma chair hallucinée, mon cœur gros d’amour à n’en plus pouvoir, vos yeux inoubliables de promesses, notre tendresse irrépressible.

Écrire.

À mi-chemin, debout, au fil de l’étau et des blessures, j’écris.

Passent les ans

                       galopent

Les aiguilles sécateurs fauchent les cadrans

broient la main du cyclope

                                         avachi sur son trône

Mon peuple marche

et j’existe

               rebelle

Maison centrale de Kénitra, janvier 1976

Scrivere.

Devo confessarlo. Nutro relativa fiducia nelle parole, anche se le volto e rivolto in tutti i sensi, anche se le pronuncio ad alta voce per verificare che il loro timbro non si sia incrinato, che nel numero non si sia infilata qualche unità di bassa lega. E quando le allineo e sistemo, devo leggermi e rileggermi, per assicurarmi ancora che ciò che ho scritto non sia né esoterico né estraneo a ciò che è accettabile come i fondi comuni dei nostri dolori e delle nostre speranze. Scrivere è questa responsabilità. E dal momento che me l’assumo, oh sì, me l’assumo, non è possibile tergiversare, accontentarsi dell’approssimazione. Bisogna poter difendere ogni parola, ogni frase, e se possibile non avere niente da difendere, fare in modo che si rivolgano e s’impongano alla sensibilità di ciascuno come questo crepitìo familiare della pioggia, che è indispensabile alla terra, come i fiori innumerevoli e spesso strani senza i quali la primavera abortisce.

Ma dolcemente mia intransigenza. Dolcemente demonio razionale della poesia.

Scrivere, scrivere, non smettere mai. Questa notte e tutte le notti a venire.

Ancora una notte in cui non posso far altro che scrivere, sbattere contro questo silenzio che mi sfida nel suo idioma d’esilio. Mi tendo al massimo per esplorare questa voce della notte carceraria. Ascolto, e a poco a poco ne percepisco l’armonia, ne percorro la superficie, ne ricevo come in contrappunto gli echi insanguinati. Bracco il silenzio, gli strappo la voce potente contro la quale le sue dighe cedono sempre di più, crollano in un fragore che mi abbaglia e si sparpagliano nella notte.

Il paese viene a me, canto aereo spuntato del fondo della storia, fucina d’incandescenza e sudori, di muscoli oliati che picchiano l’incudine della materia ribelle, semina, mietiture, pane e olive nere condivise, schiuma di tè bollente nel bicchiere che ci si passa di mano in mano, proboscidi, zaini e tamburi sollevando le viuzze in processioni variopinte, risa e dimenarsi di bambini ebbri di musiche e profumi, caviglie rosse di donne appollaiate su tavoli rotondi, a battere il tempo coi piedi, i seni vibranti in mature melagrane di freschezza, frenesia di crotali, musicisti fuori tempo che ostentatamente sgozzano violini surriscaldati, fulminando tamburelli, sventrando liuti paffuti fiammeggianti di tutte le loro incrostazioni. Lungo silenzio poi il paese ritorna a me, col volto devastato, irriconoscibile. Grida qua o là, di una rissa, di uno stupro, di un omicidio. Grida di bambini dagli occhi stravolti, frustati perché imparino a tacere. Grida di lutti e di donne in lacrime che si lacerano le guance, strappandosi i capelli, picchiando il suolo coi foulard, che si battono le cosce e sbattono la testa contro i muri. Grida di lattanti abbandonati nelle baracche delle bidonville, nella penombra di tutte le mancanze. Grida incendiate dalla malnutrizione e dalle febbri. Grida di donne picchiate a morte da maschi ubriachi e disperati. Gemiti e rantoli di queste donne terrorizzate, che baciano i piedi del loro aggressore per chiedere pietà, per l’amore di Dio, per i bambini, per le miserie condivise. Grida di Marzo portate dal vento d’odio degli insorti, scolari mitragliati al pieno sole delle false indipendenze, blindati dinosauri contro minuscoli sogni intuiti nella germinazione dei giorni, la marea del sole, il sorriso degli uomini. Grida dei miei compagni sotto il trespolo, il pau di ara, il magnete. Grida quando il grido diviene esperanto di resistenza, melopea epica del dramma umano e della speranza. Oh miei dolci compagni, mia carne allucinata, mio cuore gonfio d’amore da non poterne più, i vostri occhi indimenticabili di promesse, la nostra inarrestabile tenerezza.

Scrivere.

A metà strada, in piedi, col passare della morsa e delle ferite, scrivo.

Passano gli anni

galoppano

Le cesoie delle lancette falciano i quadranti

stritolano la mano del ciclope

afflosciato sul trono

Il mio popolo cammina

e io esisto

ribelle

Penitenziario di Kénitra, gennaio 1976

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Abdellatif_LaabiAbdellatif Laâbi est né en 1942, à Fès. Son opposition intellectuelle au régime lui vaut d’être emprisonné pendant huit ans. Libéré en 1980, il s’exile en France en 1985. Depuis, il vit (le Maroc au cœur) en banlieue parisienne. Son vécu est la source première d’une œuvre plurielle (poésie, roman, théâtre, essai) sise au confluent des cultures, ancrée dans un humanisme de combat, pétrie d’humour et de tendresse. Il a obtenu le prix Goncourt de la poésie en 2009 et le Grand Prix de la francophonie de l’Académie française en 2011.
Parmi ses œuvres, publiées en majeure partie aux Editions de la Différence : L’Œil et la nuit (2003), Le Chemin des ordalies (2003), Chroniques de la citadelle d’exil (2005), Les Rides du lion (2007), Le Livre imprévu (2010), pour les romans ; pour la poésie : Le soleil se meurt (1992), L’Etreinte du monde (1993), Le Spleen de Casablanca (1996), Les Fruits du corps (2003), Tribulations d’un rêveur attitré (2008), Œuvre poétique I et II (2006 ; 2010). Par ailleurs, les éditions Gallimard ont publié son roman Le Fond de la jarre (2002 ; collection Folio 2010).
Ses œuvres sont traduites en plusieurs langues, dont l’arabe, l’espagnol, l’anglais, l’allemand et le turc.
En 2014, Edizioni Kolibris a publiè l’anthologie de textes choisis A ricomporre il colore dei suoi occhi. Poesie e altri testi scelti, 1966-2014, traduite par Chiara De Luca.
Il a par ailleurs traduit en français les œuvres de plusieurs poètes et écrivains de langue arabe (Mahmoud Darwich, Abdelwahab al-Bayati, Samih al-Qassim, Mohamed al-Maghout, Ghassan Kanafani…)

Abdellatif_LaabiAbdellatif Laâbi è nato nel 1942, a Fès. La sua opposizione intellettuale al regime ha fatto sì che fosse arrestato e incarcerato per otto anni. Liberato nel 1980, è andato in esilio volontario in Francia nel 1985. Da allora, vive (con il Marocco nel cuore) nella banlieu parigina. Il suo vissuto è la sorgente primaria di un’opera plurale (poesia, narrativa, teatro, saggistica) posta alla confluenza di culture differenti, radicata in un umanesimo battagliero, intrisa d’ironia e tenerezza. Ha ricevuto il Prix Goncourt de la poésie nel 2009, e il Grand Prix de la francophonie della l’Académie française nel 2011.
Tra le sue opere, pubblicate per la maggior parte da Editions de la Différence, ricordiamo : L’Œil et la nuit (2003), Le Chemin des ordalies (2003), Chroniques de la citadelle d’exil (2005), Les Rides du lion (2007), Le Livre imprévu (2010), pour les romans ; pour la poésie : Le soleil se meurt (1992), L’Etreinte du monde (1993), Le Spleen de Casablanca (1996), Les Fruits du corps (2003), Tribulations d’un rêveur attitré (2008), Œuvre poétique I et II (2006 ; 2010). Inoltre, le edizioni Gallimard hanno pubblicato il suo romanzo Le Fond de la jarre (2002 ; collana Folio 2010).
Sue opere sono tradotte in varie lingue: arabo, spagnolo, inglese, tedesco, italiano, olandese, turco, etc.
Nel 2014, Edizioni Kolibris ha pubblicato l’antologia bilingue di testi scelti Abdellatif Laâbi, A ricomporre il colore dei suoi occhi. Poesie e altri testi scelti, 1966-2014, con la traduzione di Chiara De Luca
Laâbi stesso, parallelamente alla sua produzione, ha tradotto dall’arabo molti autori contemporanei (Mahmoud Darwich, Abdelwahab Al-Bayati, Mohammed Al-Maghout, Saâdi Youcef, Abdallah Zrika, Ghassan Kanafani, Qassem Haddad, etc.)

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