Facebook

Anatole France

A cura di Emilio Capaccio

Anatole_France_young_yearsAnatole France, ovvero François Anatole Thibault, nacque il 16 aprile del 1844 a Parigi, da una famiglia di modeste origini, proveniente dal dipartimento del Maine-et-Loire. Il padre François Noël Thibault, detto Noël France, entrò nell’esercito come ufficiale legittimista e si congedò all’indomani della “Rivoluzione del 1830”. Il 29 febbraio del 1840 Noël France sposò a Parigi Antoinette Gallas e lo stesso anno diventò proprietario di una libreria, specializzata in opere e documenti sulla Rivoluzione Francese, frequentata da intellettuali e scrittori molto noti. Il figlio, che ereditò lo stesso soprannome: “France”, visse nell’ambiente della libreria del padre. A partire dal 1853 fino al 1862, studiò presso l’ “Institution Sainte-Marie” e successivamente al “Collège Stanislas”, ottenendo il baccellierato nel 1864 senza smettere di aiutare il padre nella sua attività grazie alla quale poté sempre percepire un’aria di erudizione e conoscere molti letterati che frequentavano la libreria, come i fratelli Goncourt: Edmond Huot de Goncourt (1822-1896) e Jules de Concourt (1830-1870). Dal 1863, iniziò a collaborare con alcune riviste, quali: “Intermediaire des chercheurs et des curieux”, “Bullettin du bouquiniste”, “Chasseur bibliographe”. Nel 1867 l’editore parigino Alfred Lamerre (1838-1912) lo assunse con l’incarico di proporre nuove opere e all’anno successivo risale il suo primo saggio su Alfred de Vigny (1797-1863). Rifiutò di prosegiure l’attività del padre, il quale giudicava i suoi scritti molto negativamente. La sua carriera letteraria cominciò con la poesia: innamorato di un’attrice di commedie teatrali, Elise Devoyod (1838-1905), le dedicò alcune poesie, ma sarà respinto nel 1866. Divenne allievo di Leconte de Lisle (1818-1894) con il quale lavorerà, qualche tempo dopo, al Senato. A partire dal 1867 entrò a far parte del gruppo dei Parnassiani. Nel 1876 pubblicò con l’editore Lamerre: Les Noces corinthiennes, tragedia lirica in 3 atti e 4 scene. Nel 1877 sposò Valérie Guérin de Sauville, figlia più piccola di Jean-Urbain Guérin (1760-1836), noto miniaturista di Luigi VXI (1754-1793), da cui avrà una figlia nel 1881 che morirà nel 1919. Nel 1888 instaurò una lunga relazione amorosa con Madame Arman de Caillavet (1844-1910), che aveva uno dei più celebri salotti letterari della Terza Repubblica. Questa relazione durerà fino al 1910, anno in cui morì la donna, e ispirerà i due romanzi: Thaïs (1890), che ricalca la vita di Santa Taide, una prostituta convertita al cattolicesimo, vissuta intorno al IV secolo, e Le Lys rouge (1894), ambientato tra Parigi e Firenze, nel quale si narrano le vicende degli amori clandestini di Thérèse, sposata per convenienza con il conte Martin-Bellème. Già nel 1881, Anatole France conobbe il primo vero successo con il romanzo Le Crime de Sylvestre Bonnard, opera ispirata dal naturalismo, premiata dall’Accademia Francese. La stessa Accademia nel 1896 gli assegnò la Poltrona n. 38. Diventato famoso e apprezzato dalla critica, soprattutto per i suoi romanzi, s’impegnò mediante conferenze e articoli a favore di varie cause sociali. Nel 1909, partì per l’America del Sud, tenendo molti convegni sulle sue opere e sulla letteratura francese in città disseminate tra Uruguay, Argentina e Brasile. Allo scoppio della I Guerra Mondiale denunciò i crimini e la barbarie della guerra. Nel 1920 si trasferì a Saint-Cyr-sur-Loire, dove sposò, in seconde nozze, Emma Laprévotte (1871-1930). Nel 1921 fu insignito del Premio Nobel per la Letteratura per la totalità della sua opera, premio che ritirerà il 10 settembre a Stoccolma. A partire dal 1922, verrà esclusa la sua collaborazione da ogni giornale comunista a causa della sua dissociazione a ogni azione politica dettata da pericolose ideologie, convincimento che era stato affermato già nei romanzi: L’Île des Pingouins (1908) e Les Dieux ont Soif (1912), in cui vengono denunciati gli effetti devastanti degli ideali utopisti sulla società contemporanea. Morì il 12 ottobre del 1924 a La Béchellerie, comune di Saint-Cyr-sur-Loire. La sua morte fu annunciata dal Presidente della Camera dei Deputati, Paul Painlevé (1863-1933) e la salma fu trasportata a Villa Saïd, dove venne a renderla omaggio il Presidente della Repubblica. Fu seppellito nel cimitero vecchio di Neuilly-sur-Seine, vicino ai suoi cari.

La mort d’une libellule

 

Sous les branches de saule en la vase baignées

un peuple impur se tait, glacé dans sa torpeur,

tandis qu’on voit sur l’eau de grêles araignées

fuir vers les nymphéas que voile une vapeur.

 

Mais, planant sur ce monde où la vie apaisée

dort d’un sommeil sans joie et presque sans réveil,

des êtres qui ne sont que lumière et rosée

seuls agitent leur âme éphémère au soleil.

 

Un jour que je voyais ces sveltes demoiselles,

comme nous les nommons, orgueil des calmes eaux,

réjouissant l’air pur de l’éclat de leurs ailes,

se fuir et se chercher pardessus les roseaux,

 

un enfant, l’oeil en feu, vint jusque dans la vase

pousser son filet vert à travers les iris,

sur une libellule; et le réseau de gaze

emprisonna le vol de l’insecte surpris.

 

Le fin corsage vert fut percé d’une épingle;

mais la frêle blessée, en un farouche effort,

se fit jour, et, prenant ce vol strident qui cingle,

emporta vers les joncs son épingle et sa mort.

 

Il n’eût pas convenu que sur un liège infâme

sa beauté s’étalât aux yeux des écoliers:

elle ouvrit pour mourir ses quatre ailes de flamme,

et son corps se sécha dans les joncs familiers.

 

 

 

 

 

Les arbres

 

Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris,

animez et les champs et vos forêts natales,

enfants silencieux des races végétales,

beaux arbres, de rosée et de soleil nourris,

 

la Volupté par qui toute race animée

est conçue et se dresse à la clarté du jour,

la mère aux flancs divins de qui sortit l’Amour,

exhale aussi sur vous son haleine embaumée.

 

Fils des fleurs, vous naissez comme nous du Désir,

et le Désir, aux jours sacrés des fleurs écloses,

sait rassembler votre âme éparse dans les choses,

votre âme qui se cherche et ne se peut saisir.

 

Et, tout enveloppés dans la sourde matière

au limon paternel retenus par les pieds,

vers la vie aspirant, vous la multipliez,

sans achever de naître en votre vie entière.

 

 

 

 

 

 

Marine

 

Sous les molles pâleurs qui voilaient en silence

la falaise, la mer et le sable, dans l’anse

les embarcations se réveillaient déjà.

Du gouffre oriental le soleil émergea

 

et couvrit l’Océan d’une nappe embrasée.

La dune au loin sourit, ondoyante et rosée.

On voyait des éclairs aux vitres des maisons.

Au sommet des coteaux les jeunes frondaisons

 

commençaient à verdir dans la clarté première.

Et le ciel aspirait largement la lumière.

Il se fit dans l’espace une vague rumeur

où le travail humain vint jeter sa clameur.

 

Les femmes en sabots descendent du village,

les pêcheurs font sécher leurs filets sur la plage,

et le soleil allume, au dos des mariniers,

les spasmes des poissons dans l’osier des paniers.

 

Dans un creux de falaise où voltige l’étoupe,

un vieil homme calfate, en chantant, sa chaloupe,

tandis que tout en haut, parmi les chardons blancs,

cheminent deux douaniers, au pas, graves et lents.

 

Dans un bateau pêcheur dont la voile latine,

blanc triangle, reluit à travers la bruine,

un vieux marin, debout sur le gaillard d’avant,

tendant le bras au large, interroge le vent.

 

 

 

 

 

 

Le chêne abandonné

 

Dans la tiède forêt que baigne un jour vermeil,

le grand chêne noueux, le père de la race,

penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse

et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil.

 

Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre,

robuste, il a nourri ses siècles florissants,

fait bouillonner la sève en ses membres puissants,

et respiré le ciel avec sa tête sombre.

 

Mais ses plus fiers rameaux sont morts, squelettes noirs

sinistrement dressés sur sa couronne verte;

et dans la profondeur de sa poitrine ouverte

les larves ont creusé de vastes entonnoirs.

 

La sève du printemps vient irriter l’ulcère

que suinte la torpeur de ses acres tissus.

Tout un monde pullule en ses membres moussus,

et le fauve lichen de sa rouille l’enserre.

 

Sans cesse un bois inerte et qui vécut en lui

se brise sur son corps et tombe. Un vent d’orage

peut finir de sa mort le séculaire ouvrage,

et peutêtre qu’il doit s’écrouler aujourd’hui.

 

Car déjà la chenille aux anneaux d’émeraude

déserte lentement son feuillage peu sûr;

d’insectes soulevant leurs élytres d’azur

tout un peuple inquiet sur son écorce rôde;

 

dès hier, un essaim d’abeilles a quitté

sa demeure d’argile aux branches suspendue;

ce matin, les frelons, colonie éperdue,

sous d’autres pieds rameux transportaient leur cité:

 

un lézard, sur le tronc, au bord d’une fissure,

darde sa tête aiguë, observe, hésite, et fuit;

et voici qu’inondant l’arbre glacé, la nuit

vient hâter sur sa chair la pâle moisissure.

 

 

 

 

 

 

Âmes obscures

 

Tout dans l’immuable Nature

est miracle aux petits enfants:

ils naissent, et leur âme obscure

éclôt dans des enchantements.

 

Le reflet de cette magie

donne à leur regard un rayon.

Déjà la belle illusion

excite leur frêle énergie.

L’inconnu, l’inconnu divin,

les baigne comme une eau profonde;

on les presse, on leur parle en vain:

ils habitent un autre monde;

 

leurs yeux purs, leurs yeux grands ouverts

s’emplissent de rêves étranges.

Oh! qu’ils sont beaux, ces petits anges

perdus dans l’antique univers!

 

Leur tête légère et ravie

songe tandis que nous pensons;

ils font de frissons en frissons

la découverte de la vie.

 

 

 

 

 

 

La vision des ruines

 

Le fleuve qui, libre et tranquille,

traîne ses marnes et ses eaux

au milieu des pâles roseaux,

presse en ses bras une longue île,

 

qui semble un navire échoué

par quelque héroïque aventure,

perdant sa forme et sa nature,

dormeur à l’oubli dévoué.

 

Le cri rauque et le vol des grues

percent les nuages blafards;

les cygnes et les verts canards

voguent au fil des eaux accrues.

 

Dans l’île, un portail et deux tours,

retraite aux hiboux familière,

dressent sous la mousse et le lierre

leurs profils noirs, douteux et lourds.

 

De maigres figures de pierre

gisant dans les iris épais,

les mains jointes, suivent en paix

le rêve qui clôt leur paupière.

 

Tous ceuxlà dont le vent du nord

ronge avec lenteur les images,

anges et rois, vierges et mages,

ont grandement aimé la mort;

 

car la roideur de leur stature

et l’aridité de leur chair

font voir combien il leur fut cher

d’aspirer à la sépulture.

 

De longtemps ne sera troublé

le silence de l’île sainte:

dans le fleuve dont elle est ceinte

le dos des ponts s’est écroulé.

 

N’est-ce pas là le berceau rude

de la grande et belle cité,

qui plus tard avec volupté

s’assit dans cette solitude?

 

Mais la terre avare a repris

les pierres des quais et des rues,

et les demeures disparues

gisent sous les tertres fleuris.

 

Au sud de l’île, une colline

couronne d’un amas confus

de murs, de chapiteaux, de fûts,

ses flancs où le thuya s’incline.

 

Les marais coassent, le soir.

Vers l’ouest, loin dans la plaine verte,

une porte se dresse ouverte

sur le ciel pluvieux et noir.

 

Sculptés aux parois triomphales,

des hommes, des bœufs, des chevaux,

rappelant d’antiques travaux,

se brisent au choc des rafales.

 

Et vers le nord, mais moins avant,

candélabres, balustres, dalles,

escaliers, murs en longs dédales,

sonnent avec langueur au vent,

 

ruines d’un temple où des lyres

pendent à des chevilles d’or,

où des pieds de nymphes encor

dansent en de joyeux délires.

 

Muette, la maison des Rois

est assise, comme une veuve,

sur la rive droite du fleuve,

dans les nymphéas blancs et froids;

 

Elle mire dans les eaux blêmes

ce qui lui reste de joyaux

et répand ses colliers royaux

de chiffres noués et d’emblèmes;

 

sur un pavillon, les pâleurs

de la lune, au bord d’une nue,

animent une forme nue

qui sourit et verse des fleurs:

 

c’est un corps de femme accroupie,

un corps lascif, jeune et lassé,

qui fut sans doute caressé

par le regard d’un siècle impie.

 

 

 

 

 

 

À la lumière

 

Dans l’essaim nébuleux des constellations,

Ô toi qui naquis la première,

Ô nourrice des fleurs et des fruits, ô lumière,

blanche mère des visions,

 

tu nous viens du soleil à travers les doux voiles

des vapeurs flottantes dans l’air:

la vie alors s’anime et, sous ton frisson clair,

sourit, ô fille des étoiles!

 

Salut! car avant toi les choses n’étaient pas.

Salut! douce; salut! puissante.

Salut! de mes regards conductrice innocente

et conseillère de mes pas.

 

Par toi sont les couleurs et les formes divines,

par toi, tout ce que nous aimons.

Tu fais briller la neige à la cime des monts,

tu charmes le bord des ravines.

 

Tu fais sous le ciel bleu fleurir les colibris

dans les parfums et la rosée;

et la grâce décente avec toi s’est posée

sur les choses que tu chéris.

 

Le matin est joyeux de tes bonnes caresses;

tu donnes aux nuits la douceur,

aux bois l’ombre mouvante et la molle épaisseur

que cherchent les jeunes tendresses.

 

Par toi la mer profonde a de vivantes fleurs

et de blonds nageurs que tu dores.

Au ciel humide encore et pur tes météores

prêtent l’éclat des sept couleurs.

 

Lumière, c’est par toi que les femmes sont belles

sous ton vêtement glorieux;

et tes chères clartés, en passant par leurs yeux,

versent des délices nouvelles.

 

Leurs oreilles te font un trône oriental

où tu brilles dans une gemme,

et partout où tu luis, tu restes, toi que j’aime,

vierge comme en ton jour natal.

 

Sois ma force, ô Lumière! et puissent mes pensées,

belles et simples comme toi,

Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta foi

leurs formes toujours cadencées!

 

Donne à mes yeux heureux de voir longtemps encor,

en une volupté sereine,

la Beauté se dressant marcher comme une reine

sous ta chaste couronne d’or.

 

Et, lorsque dans son sein la Nature des choses

formera mes destins futurs,

reviens baigner, reviens nourrir de tes flots purs

mes nouvelles métamorphoses.

 

 

 

 

 

 

Les choses de l’amour

 

Les choses de l’amour ont de profonds secrets.

L’instinct primordial de l’antique Nature

qui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts

trouble l’épouse encor sous sa riche ceinture;

et, savante en pudeur, attentive à nos lois,

elle garde le sang de l’Ève des grands bois.

 

 

 

 

 

 

Les cerfs

 

Aux vapeurs du matin, sous les fauves ramures

que le vent automnal emplit de longs murmures,

les rivaux, les deux cerfs luttent dans les halliers:

depuis l’heure du soir où leur fureur errante

les entraîna tous deux vers la biche odorante,

ils se frappent l’un l’autre à grands coups d’andouillers.

 

Suants, fumants, en feu, quant vint l’aube incertaine,

tous deux sont allés boire ensemble à la fontaine,

puis d’un choc plus terrible ils ont mêlé leurs bois.

Leurs bonds dans les taillis font le bruit de la grêle

ils halètent, ils sont fourbus, leur jarret grêle

flageole du frisson de leurs prochains abois.

 

Et cependant, tranquille et sa robe lustrée,

la biche au ventre clair, la bête désirée

attend; ses jeunes dents mordent les arbrisseaux;

elle écoute passer les souffles et les râles;

et, tiède dans le vent, la fauve odeur des mâles

d’un prompt frémissement effleure ses naseaux.

 

Enfin l’un des deux cerfs, celui que la Nature

arma trop faiblement pour la lutte future,

s’abat, le ventre ouvert, écumant et sanglant.

L’oeil terne, il a léché sa mâchoire brisée;

et la mort vient déjà, dans l’aube et la rosée,

apaiser par degrés son poitrail pantelant.

 

Douce aux destins nouveaux, son âme végétale

se disperse aisément dans la forêt natale;

l’universelle vie accueille ses esprits:

il redonne à la terre, aux vents aromatiques.

Aux chênes, aux sapins, ses nourriciers antiques.

Aux fontaines, aux fleurs, tout ce qu’il leur a pris.

 

Telle est la guerre au sein des forêts maternelles.

Qu’elle ne trouble point nos sereines prunelles:

ce cerf vécut et meurt selon de bonnes lois,

car son âme confuse et vaguement ravie

a dans les jours de paix goûté la douce vie;

son âme s’est complu, muette, au sein des bois.

 

Au sein des bois sacrés, le temps coule limpide,

la peur est ignorée et la mort est rapide;

aucun être n’existe ou ne périt en vain.

Et le vainqueur sanglant qui brame à la lumière,

et que suit désormais la biche douce et fière,

a les reins et le coeur bons pour l’oeuvre divin.

 

L’Amour, l’Amour puissant, la Volupté féconde.

Voilà le dieu qui crée incessamment le monde.

Le père de la vie et des destins futurs!

C’est par l’Amour fatal, par ses luttes cruelles

que l’univers s’anime en des formes plus belles.

S’achève et se connaît en des esprits plus purs.

 

 

 

 

 

Le refus

 

Au fond de la chambre élégante

que parfuma son frôlement,

seule, immobile, elle dégante

ses longues mains, indolemment.

 

Les globes chauds et mâts des lampes

qui luisent dans l’obscurité,

sur son front lisse et sur ses tempes

versent une douce clarté.

 

Le torrent de sa chevelure,

où l’eau des diamants reluit,

roule sur sa pâle encolure

et va se perdre dans la nuit.

 

Et ses épaules sortent nues

du noir corsage de velours,

comme la lune sort des nues

par les soirs orageux et lourds.

 

Elle croise devant la glace,

avec un tranquille plaisir,

ses bras blancs que l’or fin enlace

et qui ne voudraient plus s’ouvrir,

 

car il lui suffit d’être belle:

ses yeux, comme ceux d’un portrait,

ont une fixité cruelle,

pleine de calme et de secret;

 

son miroir semble une peinture

que quelque vieux maître amoureux

offrit à la race future,

claire sur un fond ténébreux,

 

tant la beauté qui s’y reflète

a d’orgueil et d’apaisement,

tant la somptueuse toilette

endort ses plis docilement,

 

et tant cette forme savante

paraît d’ellemême aspirer

a l’immobilité vivante

des choses qui doivent durer.

 

Pendant que cette créature,

rebelle aux destins familiers,

divinise ainsi la Nature

de sa chair et de ses colliers,

 

le miroir lui montre, dans l’ombre,

son amant doucement venu,

au bord de la portière sombre,

offrir son visage connu.

 

Elle se retourne sereine,

dans l’amas oblique des plis,

qu’en soulevant la lourde traîne

son talon disperse, assouplis.

 

Darde, sans pitié, sans colère,

la clarté de ses grands yeux las,

et, d’une voix égale et claire,

dit: “Non!

La morte di una libellula

 

Sotto i rami del salice nel fango bagnato

un popolo impuro tace, gelato nel suo torpore,

mentre si vedono sull’acqua gracili ragni

fuggire tra le ninfee che velano un vapore.

 

Ma, planando su questo mondo dove la vita sopita

dorme un sonno senza gioia e quasi senza risveglio,

creature che non sono più che luce e rugiada

agitano appena al sole la loro anima effimera.

 

Un giorno in cui vedevo queste snelle fanciulle,

come noi le chiamiamo, orgoglio d’acque calme,

rallegrando l’aria pura con lo splendore delle loro ali,

fuggendo e cercandosi sopra i giunchi,

 

un bimbo, occhio di fuoco, venne fino al fango

a gettare la sua verde rete su una libellula

in mezzo agli iris; e la reticella di garza

imprigionò il volo dell’insetto sorpreso.

 

Il fine corpicino verde fu bucato da uno spillo;

la fragile moribonda, in un feroce sforzo,

capì, e, stretta a quel volo stridulo e sferzante,

trascinò verso i giunchi la sua spilla e la sua morte.

 

Non era stato scritto che su un sughero infame

la sua bellezza dovesse stendersi agli occhi degli scolari:

lei aprì per morire le sue quattro ali di fiamma,

e il suo corpo s’essiccò sui giunchi familiari.

 

 

 

 

 

Gli alberi

 

O voi che, nella pace e nella grazia fiorite,

animate i campi e le vostre foreste natali,

creature silenziose delle razze vegetali,

begli alberi, di rugiada e di sole nutriti,

 

la Voluttà per la quale ogni razza animata

è concepita e si drizza al chiarore del giorno,

la madre dai fianchi divini da cui sortisce l’Amore,

esala anche su di voi il suo alito di balsamo.

 

Figli di fioriture, nascete come noi dal Desiderio,

e il Desiderio, nei sacri giorni dei fiori sbocciati,

sa cogliere la vostra anima diffusa nelle cose,

la vostra anima che si cerca e non s’afferra.

 

E, tutto avviluppati nella sorda materia

al limo paterno trattenuto per i piedi,

verso la vita che aspira, voi la moltiplicate,

senza finir di nascere in tutta la vostra vita.

 

 

 

 

 

 

Marina

 

Sotto i molli pallori che hanno velato in silenzio

la scogliera, il mare e la sabbia, nell’ansa

le imbarcazioni si sono svegliate oramai.

Dallo squarcio orientale il sole è emerso

 

e ha coperto l’oceano con una nappa arroventata.

La duna ha sorriso da lontano, ondeggiante e rosata.

Sono apparsi dei chiarori sui vetri delle case.

Alla sommità delle collinette giovani foglie

 

hanno cominciato a inverdire nella prima chiarità.

E il cielo ha aspirato largamente la luce.

S’è fatto nello spazio un vago frastuono

ove il lavoro umano è venuto a gettare il suo clamore.

 

Le donne in zoccoli discendono dal villaggio,

i pescatori fanno asciugare le loro reti sulla spiaggia,

e il sole scintilla, alle spalle dei marinai,

gli spasmi dei pesci nel canestro di vimini.

 

In una cavità della scogliera dove vortica la stoppa,

un vecchio calafata, cantando, la sua scialuppa,

mentre dall’alto, in mezzo a bianchi cardi,

camminano due doganieri, al passo, gravi e lenti.

 

Su un peschereccio di cui la vela latina,

bianco triangolo, riluce attraverso la foschia,

un vecchio marinaio, in piedi sul castello di prua,

tendendo il braccio a largo, interroga il vento.

 

 

 

 

 

 

La quercia abbandonata

 

Nella tiepida foresta che bagna un giorno vermiglio,

la grande quercia nodosa, padre della razza,

pende sulla collinetta la sua rugosa corteccia

e, solitario avo, s’intiepidisce al sole.

 

Dal concime dei suoi figli soffocati sotto la sua ombra,

robusto, ha nutrito i suoi secoli fiorenti,

fatto gorgogliare la linfa nei suoi membri possenti,

e respirato il cielo con la sua testa scura.

 

Ma i suoi più fieri rami sono morti, scheletri neri

sinistramente drizzati sulla sua verde corona;

e dalla profondità del suo petto aperto

le larve hanno scavato vasti canali.

 

La linfa della primavera viene a irritare l’ulcera

che trasuda il torpore dai suoi acri tessuti.

Tutto un mondo pullula nei suoi membri muscosi,

e il feroce lichene lo serra nella sua ruggine.

 

Incessantemente un bosco inerte che visse in lui

si sbriciola sul suo corpo e cade. Un vento di tempesta

può cessare l’opera secolare con la sua morte,

e può essere che debba crollare oggi stesso.

 

Perché già il bruco dagli anelli di smeraldo

diserta lentamente il suo fogliame insicuro;

tutto un popolo di insetti che sollevano

le loro elitre azzurre sulla sua corteccia s’aggira;

 

A partire da ieri, un sciame d’api ha lasciato

la sua dimora d’argilla sospesa tra i rami;

stamani, i calabroni, colonia sconvolta,

su altri più bassi rami trasportavano la loro città:

 

una lucertola, sul tronco, al ciglio d’una fessura,

dardeggia la sua testa aguzza, osserva, esita, e fugge;

ed ecco che inondando l’albero gelato, la notte

viene ad affrettare sulla sua polpa la pallida muffa.

 

 

 

 

 

 

Anime oscure

 

Tutto nell’immutabile Natura

è miracolo per i bambini:

nascono, e la loro anima oscura

scoppia negli incanti.

 

Il riflesso di questa magia

dà al loro sguardo un raggio.

Subito la bella illusione

eccita la loro fragile energia.

 

L’ignoto, l’ignoto divino,

li bagna come un’acqua profonda;

li inonda, parla loro invano:

essi abitano un altro mondo;

 

i loro occhi puri, i loro occhi spalancati

si riempiono di strani sogni.

Oh! son belli, questi piccoli angeli

perduti nell’antico universo!

 

La loro testa leggera e felice

sogna mentre noi riflettiamo;

di brivido in brivido essi fanno

la scoperta della vita.

 

 

 

 

 

La visione delle rovine

 

Il fiume che, libero e tranquillo,

trascina le sue marne e le sue acque,

in mezzo ai pallidi giunchi, preme

tra le sue braccia una lunga isola,

che sembra una nave incagliata

 

per qualche eroica avventura,

perdendo la sua forma e la sua natura,

addormentata all’oblio devoto.

Il grido rauco e il volo delle gru

 

penetrano le nuvole smorte;

i cigni e le verdi anatre vogano

sul filo delle acque accresciute.

 

Sull’isola, un portale e due torri,

ricovero ai gufi familiare,

innalzano sotto la schiuma e l’edera

i loro profili neri, grevi e dubbiosi.

 

Di magre figure di pietra

giacenti nei folti iris,

le mani unite, seguono in pace

il sogno che serra la loro palpebra.

 

Tutti quelli di cui il vento del nord

rode con lentezza le immagini,

angeli e re, vergini e magi,

hanno amato grandemente la morte;

 

perché la rigidezza della loro statura

e l’aridità della loro carne

fa vedere quanto a loro fu caro

aspirare alla sepoltura.

 

Per lungo tempo ne sarà turbato

il silenzio della santa isola:

sul fiume da cui lei è attorniata

il dorso dei ponti è crollato.

 

Non è là che la rude culla

della grande e bella città,

più tardi con voluttà

si sedette in questa solitudine?

 

Ma la terra avara si è ripreso

le pietre dei moli e delle vie,

e le dimore scomparse

giacciono sotto i poggi fioriti.

 

A sud dell’isola, una collina

corona con un ammasso confuso

di muri, di capitelli, di fusti,

i suoi fianchi dove la tuia s’inclina.

 

Le paludi gracidano, la sera.

Verso l’ovest, lontano nella pianura

verde, una porta s’erge aperta

sul cielo piovoso e nero.

 

Scolpiti alle pareti trionfali,

uomini, buoi, cavalli,

ricordando antichi lavori,

si sbriciolano ai colpi delle raffiche.

 

E verso nord, ma meno avanti,

candelabri, balaustre, lastre,

scalinate, muri in lunghi dedali,

al vento suonano con languore,

 

rovine di un tempio dove le lire

pendono alle caviglie d’oro,

dove piedi di ninfe ancora

danzano in gioiosi deliri.

 

Muta, la casa dei Re

è seduta, come una vedova,

sulla riva diritta del fiume,

tra le ninfee bianche e gelide;

 

Osserva nelle acque livide

ciò che le resta dei tesori

e sparge le sue collane reali

di cifre annodate e di emblemi;

 

su un padiglione, i pallori

della luna, a bordo di una nuvola,

animano una forma nuda

che sorride e versa qualche fiore:

 

è un corpo di donna accovacciata,

un corpo lascivo, giovane e stanco

che fu di sicuro carezzato

dallo sguardo d’un secolo empio.

 

 

 

 

 

 

Alla luce

 

Nello sciame nebuloso delle costellazioni,

O tu che nascesti per prima,

O nutrice dei fiori e dei frutti, O luce,

bianca madre delle visioni,

 

a noi vieni dal sole in dolci veli

di vapori fluttuanti nell’aria:

la vita s’anima allora e, nel tuo chiaro fremito,

sorridi, O figlia delle stelle!

 

Salute! perché prima di te le cose non erano.

Salute! dolce; salute! poderosa.

Salute! dei miei sguardi conduttrice innocente

e consigliera dei miei passi.

 

Di te sono i colori e le forme divine,

di te, tutto ciò che amiamo.

Fai brillare la neve sulla cima dei monti,

affascini il bordo delle ravine.

 

Sotto l’azzurro cielo fai fiorire i colibrì

nei profumi e nella rugiada;

e la grazia dignitosa con te

s’è posata sulle cose che ami.

 

La mattina è gioiosa delle tue buone carezze;

dai alle notti la dolcezza, ai boschi

la mobile ombra e la molle fittezza

che cercano giovani tenerezze.

 

Per te il mare profondo ha vividi fiori

e biondi nuotatori che tu dori.

Al cielo ancora umido e puro le tue meteore

reclamano lo scoppio dei sette colori.

 

Luce, è per te che le donne son belle

sotto il tuo manto glorioso; e le tue care

chiarezze, passando dai loro occhi,

versano delizie nuove.

 

I loro orecchi ti fanno un trono orientale

dove brilli in una gemma,

e dovunque luccichi, tu resti, tu che amo,

vergine come nel tuo giorno natale.

 

Sii la mia forza, O Luce! e possano i miei pensieri,

belli e semplici come te, nella grazia

e nella pace, spiegare sotto la tua fede

le loro forme sempre cadenzate!

 

Permetti ai miei occhi gioiosi di vedere

per molto tempo ancora, in una serena voluttà,

la Bellezza che s’alza a camminare come

una regina sotto la tua casta corona d’oro.

 

E, quando nel suo seno la Natura delle cose

formerà i miei futuri destini, torna a bagnare,

torna a nutrire coi tuoi puri fiotti

le mie nuove metamorfosi.

 

 

 

 

 

 

Le cose dell’amore

 

Le cose dell’amore hanno profondi segreti.

L’istinto primordiale dell’antica Natura

che mischiava i fianchi nudi nel fondo delle foreste

agita ancora la sposa sotto la sua ricca cintura;

e, scienziata in pudore, attenta alle nostre leggi,

serba il sangue dell’Eva dei grandi boschi.

 

 

 

 

 

 

I cervi

 

Ai vapori del mattino, sotto feroci ramaglie

che il vento autunnale empie di lunghi mormorii,

i rivali, i due cervi lottano fra i cespugli:

dalla sera innanzi in cui il loro furore errante

li ha trascinati entrambi verso la cerva odorosa,

si colpiscono l’un l’altro a gran colpi di corna.

 

Sudati, fumanti, in fiamme, allo spuntar dell’alba incerta,

tutti e due sono andati a bere insieme alla fonte,

poi d’impeto più tremendo si sono gettati nei boschi.

I loro salti tra le macchie fanno il rumore della grandine

ansano, sono stremati, il loro gracile garretto

vacilla di fremito per le loro prossime agonie.

 

E ciò nondimeno tranquilla, il suo manto lucido,

la cerva dal ventre chiaro, l’animale desiderato

attende; i suoi giovani denti mordono gli arboscelli;

ascolta passare i soffi e i rantoli;

e, tiepido nel vento, il feroce odor dei maschi

d’un brivido repente sfiora le sue narici.

 

Infine uno dei due cervi, quello che la Natura

dotò troppo debolmente per la lotta futura,

s’abbatte, il ventre aperto, schiumoso e insanguinato.

L’occhio opaco, si lecca la mascella spezzata;

e la morte ormai viene, nell’alba e nella rugiada

ad acquietare man mano il suo petto palpitante.

 

Dolce ai nuovi destini, la sua anima vegetale

si sparge agevolmente nella foresta natia;

l’universale vita accoglie i suoi spiriti:

egli ride alla terra, ai venti aromatici.

Agli abeti, alle querce, sue antiche nutrici.

Alle sorgenti, ai fiori, a tutto ciò che ha preso da loro.

 

Così è la guerra in seno alle foreste materne.

Che egli non turbi le nostre serene pupille:

questo cervo è vissuto e morto secondo le buone leggi,

perché la sua anima confusa e vagamente felice

ha assaggiato nei giorni di pace la dolce vita;

la sua anima s’è compiuta, muta, in seno ai boschi.

 

In seno ai boschi sacri, il tempo cola limpido,

la paura è ignota e la morte è rapida;

non c’è essere che non esiste o perisce in vano.

E il vincitore insanguinato che bramisce alla luce,

che segue ormai la cerva dolce e fiera,

ha reni e cuore buoni per l’opera divina.

 

L’Amore, l’Amore potente, la Voluttà feconda.

Ecco il dio che crea incessantemente il mondo.

Il padre della vita e dei futuri destini!

È per l’Amor fatale, per le sue lotte crudeli,

che l’universo s’anima nelle forme più belle.

Si compie e si celebra negli spiriti più puri.

 

 

 

 

 

Il rifiuto

 

In fondo alla camera elegante

che profuma il suo frusciare,

sola, immobile, sfila dai guanti

le sue lunghe mani, con indolenza.

 

I globi caldi e pallidi delle lampade

che luccicano nell’oscurità,

sulla sua fronte liscia e sulle sue tempie

versano una dolce chiarezza.

 

La cascata della sua chioma,

dove l’acqua dei diamanti riluce,

circola sulla sua pallida scollatura

e va a perdersi nella notte.

 

E le sue spalle appaiono nude

dal nero corpetto di velluto,

come la luna esce dalle nuvole

per le sere grevi e tempestose.

 

Incrocia davanti al ghiaccio,

con tranquillo piacere,

le sue bianche braccia che l’oro fine avvolge

e che non vorrebbero più aprirsi,

 

perché le basta esser bella:

i suoi occhi, come quelli d’un ritratto,

hanno una crudele fissità,

piena di calma e di segreto;

 

la sua specchiera pare una pittura

che qualche vecchio signore

amoroso offrì alla razza futura,

chiaro sopra un fondo tenebroso,

 

tanto la bellezza che si riflette

ha orgoglio e consolazione,

tanto la sontuosa specchiera

assopisce le sue crespe docilmente,

 

e tanto questa forma sapiente

di lei stessa sembra aspirare

all’immobilità vivente

delle cose che devono durare.

 

Mentre questa creatura,

ribelle ai destini familiari,

divinizza così la Natura

della sua carne e delle sue collane,

 

la specchiera le mostra, nell’ombra,

il suo amante dolcemente venuto,

sulla soglia della porta appannata,

per offrire il suo viso conosciuto.

 

Lei ridiventa serena,

nel viluppo obliquo delle pieghe

che sollevando il pesante strascico

il suo tacco disperde, attutisce.

 

Dardeggia, senza pietà, senza collera,

la chiarezza dei suoi grandi occhi stanchi,

e, con una voce simile e chiara,

dice: “No! Io non vi amo”

No widget added yet.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Follow Us

Get the latest posts delivered to your mailbox:

%d bloggers like this: