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Khaled Youssef, Réfugiés chez un Syrien / Rifugiati a casa di un siriano

« Réfugiés chez un Syrien »

 

Parfois la mort frappe à notre porte avec l’insolence du hasard, et, de nos jours, souvent par la barbarie de ces pseudo-humains, et par leur fanatisme qui devient alors la prison d’autrui, et sa tombe.

C’est dans ces moments, en mesurant le temps en battements de cœur et la vie en nombre de clins d’œil, que l’on prend conscience de la fragilité et de l’unicité de notre existence.

Je suis un voyageur, Syrien de naissance, Français et Niçois par amour. J’ai eu la chance de pouvoir parcourir des dizaines de pays, et si je devais en avoir retenu une seule leçon, c’est que la Beauté est omniprésente, mais accessible seulement à travers l’ouverture de l’esprit et la main tendue vers l’autre.

Posée sur les rives de la Méditerranée, Nice représente l’espoir de la rencontre. Je ne sais qui de cette ville ou de moi a choisi l’autre. Le hasard y est pour quelque chose, mais le jour où j’ai posé mes pieds sur son sol quotidiennement caressé par les vagues, j’ai su qu’une partie de mon destin se dessinerait près des galets de cette côte azuréenne. Les anciennes maisons colorées comme repère et la mer comme horizon, chaque jour qui passe est la promesse d’une rencontre ou d’un projet de voyage.

Or, la réalité n’est pas statique ; il y a des cris qui viennent parfois bouleverser nos murmures quotidiens, de la brume qui tente d’effacer la lumière, et des ombres qui ne se plaisent que dans l’abîme et ne connaissent comme langage que la violence.

C’est l’été 2016, un jour de fête nationale où les Niçois, tout comme les visiteurs, se pressent sur notre Promenade pour aller voir la mer s’illuminer aux couleurs de la joie. Cette Promenade si unique, si mythique, qu’elle en est devenue un lieu dont on rêve aux quatre coins de la planète.

Pris dans l’agréable insouciance d’une soirée festive sur la Côte d’Azur, nous sommes assis à une terrasse dans la vieille ville, quand subitement des pas se précipitent et des gens commencent à fuir ce dont nous ne soupçonnions pas encore la nature. La terreur que l’on peut lire sur leurs visages coupe court à toute éventualité d’un malentendu ou d’un événement anodin.

Je prends alors la direction de la Promenade, pour rejoindre mon appartement. Sur ce court chemin, je suis la seule personne à marcher dans cette direction, comme si j’avançais à contre-courant, que je prenais un risque sans vraiment l’avoir choisi.

La porte du bâtiment à peine franchie, une vingtaine de personnes se ruent dans l’immeuble, cherchant à se protéger de cette tragédie inattendue. Hommes, femmes, enfants et personnes âgées, tous et toutes se retrouvent là dans le hall d’entrée, pour y trouver refuge, poussés par la peur. Il n’a fallu que très peu de temps pour comprendre ce qui s’est produit dans notre ville, habituellement si paisible. Constatant leur peur et leur fatigue, je fais ce que beaucoup d’habitants de Nice font ce soir-là : je leur ouvre ma porte pour les accueillir. On ne se connaît pas, on n’a pas d’ultime raison de se faire confiance, cependant c’est dans de tels moments, alors que tous les ponts s’écroulent, que l’on retrouve l’humain en soi-même, et que l’on offre le peu de ce que l’on a. La douleur nous unit et maintient notre humanité éveillée.

Pendant ces longues heures d’attente, nous parlons et échangeons. La télévision reste éteinte afin de protéger les enfants présents des images médiatiques qui pourraient être choquantes. Il y a des Niçois, des Parisiens, des Belges et des Tunisiens, des familles. Certaines de ces personnes sont assises, d’autres se tiennent debout, entre les deux petites pièces qui forment mon foyer. Certaines parlent au téléphone pour rassurer leurs proches ou en prendre des nouvelles, d’autres sont allongées de fatigue sur le lit, d’autres encore discutent ou jaugent la situation du balcon.

De par une volonté commune de nous échapper temporairement à la panique dominante, nous tentons une conversation variée… des mots et des échanges, tels un pansement sur une plaie, tels un réflexe de survie. Nous parlons de nos origines et de cette singulière mosaïque humaine qui prend forme ce soir-là, sur les quelques mètres carrés de superficie d’un appartement qui domine la Promenade.

« Et vous ? Vous êtes de quelle origine ? ». La question aurait été banale il y a quelques années encore, alors que « là d’où je viens » était encore synonyme de beaux souvenirs au doux parfum de jasmin. Hélas, aujourd’hui c’est synonyme de guerre, de bombes, de réfugiés et de destruction. « Et votre famille ? ». Oui, ma famille est bel et bien à Damas, elle subit cela depuis des années, mais avec une indomptable volonté de continuer à vivre et un immense espoir de pouvoir un jour reconstruire ce qui a été détruit.

« Nous sommes donc réfugiés chez un Syrien ! », dit l’une de mes « invités » sur un ton tendre et amical. Je souris, non sans amertume, à cette phrase qui prend de nos jours, et plus particulièrement en un tel moment, une dimension surréaliste. –

A la mémoire me revient alors un souvenir tout autant rempli d’amertume : des mots provenant de ma mère à Damas, – là où les explosions font partie de la dure vie quotidienne –, qui écrivait à la suite des attentats meurtriers à Paris : « Toutes mes condoléances à toi, à tes amis et aux Français. Le Mal ne peut pas gagner, alors tenez bon… nous sommes avec vous et pensons à vous ! ».

Si la folie de l’Homme n’a pas de limites, sa capacité à créer le Beau dans l’entraide et la compassion est indéniable.

Durant ces moments hors du temps, nous prenons alors tous pleinement conscience de la chance que nous avons d’être en sécurité. Une bouteille de vin rosé se trouvait au frais, je l’ouvre et nous partageons les verres. A quoi peut-on trinquer dans une situation où la peur et la tristesse sont les mots d’ordre, alors que nous nous doutions bien qu’il y eut des victimes, des gens arrachés brutalement de leur vie, leur famille et leurs amis, des familles venues partager un moment de détente et de paix, et qui, soudainement, se retrouvent meurtries, ou pire. Dans nos tremblements, il y a un rappel à notre appartenance au royaume des vivants, nous avons le courage de lever nos verres « à la Vie » !

Les heures passent et le recouvrement de la sécurité se confirme petit à petit, les taxis niçois conduisent les gens gratuitement vers leurs lieux de résidence. Mes invités commencent à partir vers 02h00 du matin, les mots ne sont plus utiles, les yeux disent tout, le merci n’a pas lieu d’être, car pendant ces heures d’émotion, la présence de mes « invités » a protégé mon âme, ils m’ont tous aidé à supporter la peur et la douleur, tous de par leurs mots, leurs attitudes, et de par leurs racines différentes et leurs êtres mêmes. Pendant ces heures-là, j’ai été leur refuge et ils ont été mes frères et mes sœurs : il y a parfois dans les blessures une lumière qui éclaire le chemin des possibles.

Alors que la nuit tremblait encore et que le sommeil était difficile, me vint une pensée, floue au départ, avant que le brouillard émotionnel ne commençât à se dissiper : si nous n’avons pas la possibilité de changer le monde, nous sommes capables de l’embellir avec ce que nous avons à offrir, si peu soit-il : un sourire, une main tendue, un geste tendre. Ce sont ces petites poussières d’humanité qui peuvent, en se multipliant, infiltrer le quotidien au mépris de l’abîme et de ces Hommes qui ne cessent de combattre leurs ombres.

Le bleu azur de ma ville est maintenu, tout comme son costume de lumière.

La beauté de Nice reste entière, et la vie est toujours une chance…

Khaled Youssef

«Rifugiati a casa di un siriano»

 

Talvolta la morte bussa alla nostra porta con l’insolenza del caso, e, ai giorni nostri, spesso per la barbarie di certi pseudo-umani, e del loro fanatismo, che diviene la prigione del prossimo, e la sua tomba.

È in quei momenti, misurando il tempo e le pulsazioni del cuore, e la vita in termini di battiti di ciglia, che prendiamo coscienza della fragilità e dell’unicità della nostra esistenza.

Sono un viaggiatore, siriano di nascita, francese e nizzardo per amore. Ho avuto la fortuna di poter attraversare decine di paesi, e se mai ne dovessi averne ricavato una sola lezione è che la Bellezza è onnipresente, ma accessibile soltanto attraverso l’apertura di spirito e la mano tesa verso l’altro.

Posata sulle rive del Mediterraneo, Nizza rappresenta la speranza dell’incontro. Non so chi dei due, tra me e questa città, abbia scelto l’altro. Il caso ha fatto la sua parte, ma il giorno in cui ho posato i piedi sul suo suolo giornalmente accarezzato dalle onde, ho saputo che una parte del mio destino si sarebbe disegnata sui i ciottoli di questa costa azzurreggiante. Le antiche case colorate per punto di riferimento, e il mare per orizzonte, ogni giorno che passa è la promessa di un incontro, o di un progetto di viaggio.

Ora, la realtà non è statica; ci sono grida che vengono talvolta a sconvolgere i nostri mormorii quotidiani, nebbia che tenta di cancellare la luce, e ombre che amano soltanto l’abisso e non conoscono altro linguaggio che la violenza.

È l’estate del 2016, un giorno di festa nazionale in cui i nizzardi, come tutti i visitatori, si affollano sulla Promenade per andare a vedere il mare illuminarsi dei colori della gioia. Questa Passeggiata tanto unica, tanto mitica da essere diventata un luogo di cui si sogna ai quattro angoli del pianeta.

Presi nella piacevole spensieratezza di una serata festiva sulla Costa Azzurra, siamo seduti in una terrazza nella città vecchia, i passi si fanno all’improvviso precipitosi e la gente comincia a fuggire qualcosa di cui non sospettiamo ancora la natura. Il terrore che si può leggere sui loro volti non lascia adito al dubbio di un malinteso o di un avvenimento innocuo.

Mi dirigo allora verso la Promenade per raggiungere il mio appartamento. In quel breve tratto, sono la sola persona che cammina in quella direzione, come se stessi avanzando contro corrente, e correndo un rischio senza averlo davvero scelto.

Appena varcata la soglia dell’edificio, una ventina di persone si precipitano dentro, cercando di proteggersi da questa tragedia inattesa. Uomini, donne, bambini e persone anziane, tutti e tutte si ritrovano là nell’atrio d’ingresso, in cerca di rifugio, spinti dalla paura. C’è voluto pochissimo tempo per comprendere quel che è avvenuto nella nostra città, in genere tanto pacifica. Constatando la loro paura e la loro stanchezza, faccio quello che molti abitanti di Nizza fanno quella sera: apro loro la porta per accoglierli. Non ci conosciamo, non abbiamo la minima ragione per fidarci l’uno dell’altro, eppure è proprio in momenti come quelli, quando tutti i ponti crollano, che ritroviamo l’umano dentro di noi, e che offriamo un po’ di quello che abbiamo. Il dolore ci unisce e mantiene desta la nostra umanità.

Durante quelle lunghe ore di attesa parliamo e ci confrontiamo. La televisione resta spenta per proteggere i bambini presenti dalle immagini mediatiche che potrebbero essere scioccanti. Ci sono nizzardi, parigini, belgi, tunisini, famiglie. Alcune di quelle persone sono sedute, altre restano in piedi, nelle due piccole stanze che compongono la mia casa. Alcuni parlano al telefono per rassicurare i loro cari o averne notizia, altri sono stesi per la stanchezza sul letto, altri ancora discutono o valutano la situazione dal balcone.

Per il desiderio comune di sottrarci temporaneamente al panico dominante, tentiamo una conversazione variata… parole e scambi di opinioni, come una medicazione su una piaga, come un riflesso di sopravvivenza. Paliamo delle nostre origini e del singolare mosaico umano che prende forma quella sera, sui pochi metri quadrati di un appartamento che domina la Promenade.

«E lei? Da dove viene lei?». La domanda sarebbe stata banale e solo pochi anni fa il luogo «da dove» provengo era ancora sinonimo di bei ricordi dal dolce profumo di gelsomini. Ahimè, oggi è sinonimo di guerra, di bombe, di rifugiati e di distruzione. «E la sua famiglia?». Sì, la mia famiglia è proprio a Damasco, subisce da anni tutto quel che ho detto, ma con una indomabile volontà di continuare a vivere e una immensa speranza di poter un giorno ricostruire quello che è stato distrutto.

«Quindi siamo rifugiati a casa di un siriano!», dice uno dei miei «invitati» in tono dolce e amichevole. Io sorrido, non senza amarezza, a questa frase che assume di questi tempi, e in particolare in un momento simile, una dimensione surreale.

Alla memoria mi torna allora un ricordo altrettanto pieno d’amarezza; parole che vengono da mia madre a Damasco – là dove le esplosioni fanno parte della dura vita quotidiana – che scriveva in seguito agli attentati mortali a Parigi: «Tutte le mie condoglianze a te, ai tuoi amici e ai francese. Il Male non può vincere, allora tenete duro… noi siamo con voi e vi pensiamo!».

Se la follia dell’Uomo non ha limiti, la sua capacità di creare il Bello nel reciproco aiuto e nella compassione è innegabile.

Durante quei momenti fuori dal tempo, prendiamo allora pienamente coscienza della fortuna che abbiamo di essere al sicuro. Una bottiglia di vin rosé era in fresco, la apro e ci spartiamo i bicchieri. A cosa si può brindare in una situazione in cui la paura e la tristezza sono le parole d’ordine, dal momento che non abbiamo alcun dubbio che ci siano state delle vittime, persone strappate brutalmente alla loro vita, alla loro famiglia, ai loro amici, famiglie venute a condividere un momento di svago e di pace e che, all’improvviso, si ritrovano ferite, o peggio. Nei nostri tremiti c’è un richiamo alla nostra appartenenza al regno dei vivi, abbiamo il coraggio di alzare i bicchieri «alla Vita!».

Le ore passano, e a poco a poco si ha conferma che la sicurezza è stata ripristinata, i tassì di Nizza conducono le persone gratuitamente alle loro case. I miei «invitati» cominciano ad andarsene alle due del mattino, le parole non servono più, gli occhi dicono tutto, non c’è ragione di ringraziare, perché durante quelle ore di emozione la presenza dei miei «invitati» ha protetto la mia anima, mi hanno tutti aiutato a sopportare la paura e il dolore, tutti con le loro parole, i loro atteggiamenti, le loro radici differenti e il loro stesso essere.

Durante quelle ore io sono stato il loro rifugio e loro sono stati i miei fratelli e le mie sorelle: c’è talvolta nelle ferite una luce che rischiara il cammino di tutti i possibili.

Mentre la notte tremava ancora ed era difficile dormire, mi venne un pensiero, inizialmente vago, prima che la nebbia emotiva cominciasse a dissiparsi: se non abbiamo la possibilità di cambiare il mondo, siamo in grado di abbellirlo con ciò che abbiamo da offrire, per quanto poco possa essere: un sorriso, una mano tesa, un gesto dolce. Sono piccole polveri d’umanità che possono, moltiplicandosi, filtrare nel quotidiano a dispetto dell’abisso e di quegli Uomini che non cessano di combattere le proprie ombre.

Il blu azzurro della mia città resta intero, e la vita è sempre una fortuna…

Traduzione di Chiara De Luca

© Photo Khaled Joussef

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