Facebook

Matteo Veronesi, Omer Massem: Réflexions sur un poète congolais/Pensieri per un poeta congolese

Omer Massem
Réflexions sur un poète congolais

Par Matteo Veronesi

 

Pour nous, le temps de l’exotisme est définitivement passé. Nous ne pouvons plus aborder un poète africain avec un simple désir d’évasion, de régression à un état sauvage et ancestral, en espérant de trouver une expression de forces pré-rationnelles, immaculées, originaires, à mettre en opposition à notre lassitude sophistiquée de citoyens du vieux monde; ni voir, comme Sartre dans la préface de Orphée noir, ou comme Pasolini («Et maintenant … ah, le désert assourdi / par le vent, le beau et impur soleil / de l’Afrique qui illumine le monde. // Afrique! Ma seule / alternative»), dans la civilisation africaine une force révolutionnaire malléable et influençable, un potentiel explosif de renouvellement.

Un poète comme Massem (comme, d’ailleurs, les poètes de la négritude, Césaire et Senghor) revit le patrimoine africain à travers la connaissance approfondie et pleinement consciente de la culture littéraire européenne.

Pour lui, comme pour nous, l’héritage ancestral de la culture africaine – patrimoine constitué d’oralité, de rituel, de parcours initiatiques, de symbolisme sacrificiel et cathartique, de temporalités cycliques liées à la fertilité de la terre, de récits épiques comme rituel et texture qui maintenaient cohérente et transmettaient à travers les générations une mémoire, une Mnémosyne, millénaire – arrive à travers un voile de séparation et de perte, projeté et filtré par les ombres d’un crépuscule imminent.

Le laboratoire de sa poésie va peut-être recherché dans son travail de critique, confié à la riche monographie sur les Formes hermétiques dans la poésie française contemporaine (L’Harmattan, Paris, 2013), qui utilise symboliquement comme épigraphe un de ces beaux proverbes africains qui ont la densité et l’obscurité presque orphique d’une archaïque gnóme: «Le narrateur de proverbes mourut à cause du proverbe qu’il ne pouvait pas interpréter.»

Il y a donc une richesse divinatoire, un mystère prophétique qui unit l’ancienne sagesse africaine, confiée en grande partie à la vive mais précaire oralité, aux formes les plus audacieuses, riches et elliptiques de la poésie du XXe siècle.

Et le lecteur trouvera également dans la production créative de Massem beaucoup des traits qu’il voit dans la poésie de la fin du XXe siècle, entre Char et Bonnefoy (mais avec des antécédents, de Scève à Mallarmé): expression très essentielle, recherche d’une parole pure, lutte contre l’ineffable, indescriptible, pour arriver à  la condition d’un mot qui est immergé et naufragé dans le blanc énigmatique de la page (un blanc-silence que l’œil du lecteur pourra et devra peupler avec un grouillement  et un éclat de possibles sens); déstabilisation des structures établies, des liens cohérents et des poursuites logiques, pour arriver à «l’orchestration de l’impertinence», à l’harmonisation de l’incohérence et de la rupture, théorisé, pour le discours poétique, par le Groupe µ; perte, et subséquente recherche, nous dirions comme Valéry, des «sources du poème», de la source originaire et du motif principal de l’expression poétique, passés sous silence et enroulés dans des sortes de bobine d’expression oraculaire; «espoir métaphysique» qui s’élève «au-delà des signes», vers un plus ample horizon de signification (des éléments, ceux-ci, par ailleurs, que le lecteur italien pourrait utilement retrouver également dans l’Hermétisme proprement dit et historiquement défini et déterminé, celui de notre poésie du XXe siècle).

C’est pourtant un livre, bien qu’aussi européen, profondément africain. La parole, même si cachée ou contaminée par les fictions, par les illusions ou les tromperies de la modernité, est encore (comme dans les cosmogonies dogon étudiées par Griaule dans un livre célèbre ou, avec merveilleuse harmonie, dans celles égyptiennes) un principe cosmogonique, semence génératrice, voix mystérieuse qui recommence à vibrer dans les côtes et les membranes du Ngoma, littéralement le tambour rituel (et ici, notre nostraticiste plus audacieux, le visionnaire amoureux de la monogenèse des langues peut penser, en même temps, au Nómos grec, qui est Loi, Norme, mais aussi Mode musical – au Nommo, divinité primordiale, «dieu de l’eau», des Dogons, comme à la ligne ondulée qui, dans les hiéroglyphes égyptiens, désigne les vagues de l’eau et indique le son N – à Anánke, mot peut-être dérivé d’ánkon, coude,  – mais aussi au menit égyptien, le hochet d’Hathor, expression sonore et mystique de l’essence de la divinité –); et l’existence de l’homme semble planer sur le Mpemba, la voie navigable qui conduit au royaume des morts, comme le Nil céleste correspond au Nil terrestre, et l’Achéron devient Léthé, le châtiment féroce doux oubli.

Si dans les poètes de la négritude la fusion de l’écriture automatique et ininterrompue des poèmes surréalistes avec les rythmes et les incantations de l’ancienne tradition épique et chamanique et l’Afrique, se traduisait en une torrentielle, implacable, parfois presque oppressante cascade d’images, d’échos, de suggestions, d’analogies, d’évocations, sillonnée, comme écrivait Aimé Césaire, par la «gerce lucide des déraisons» – dans Massem cette veine archaïque, archétype est plutôt passée à travers les «blancs», les silences méditatifs ou interrogatifs, les suspensions et les pauses de la poésie  européenne, plus en général, d’inspiration hermétique, et s’est donc cristallisée dans des paroles profondes et sculptées.

La “lenteur”, concept et mot-clé, à travers toute la collection.

Elle est, d’une part, le temps archaïque et cyclique du mythe et rituel, dissous par la  modernité trépidante et dévorante – et ici nous pourrions à nouveau citer Césaire, sa négritude comme condition d’absolue, sans précédent, presque métaphysique, hyper-ouranique «nègre depuis le fond du ciel immémorial» –, image mobile de l’éternité, flux temporel qui passe outre le temps; lenteur, celle-ci, qui donne peut-être même au discours de la poésie son rythme fort mais correct, géométrique mais mystique, ancestrale et un peu classique, presque hiératique, comme les formes d’un masque africain (c’était en effet Senghor qui parlait d’un rythme poétique qui est, «sous sa variété, monotonie, qui traduit le mouvement substantiel des Forces cosmiques de l’Éternel»); d’autre part, cette lenteur peut être la modernité même, le progrès même, tentateurs, illusoires, avec leur mouvement, avec leur pression inépuisable et névrotique qui effectivement supprime l’ancien en projetant dans l’espace, et réinitialise le temps pour divulguer non l’éternel, mais le nul, non la transcendance, mais l’annulation, le conflit, l’oppression, la Technique aliénante.

La tragédie de la colonisation, et ensuite la guerre civile congolaise sanglante qui est largement le résultat des divisions territoriales arbitraires qu’elle a imposé, est évoquée indirectement, à distance, presque avec une sorte de douloureuse honte, et pourtant, à cause de cela, de manière encore plus aiguë et puissante (les charniers anonymes et d’innombrables personnes enterrées au seuil du village abandonné, symbole éclatant, presque comme les cheminées, les fourneaux, les cendres de Celan et Nelly Sachs, de l’apocalypse).

Comme beaucoup d’écrivains postcoloniales (premier exemple Walcott), le poète est partagé entre le patrimoine africain et la langue qu’il utilise et qui lui a été donnée par les dominateurs («Comment choisir / Entre cette Afrique et la langue Anglaise que j’aime?» se demande Walcott).

Mais précisément sa condition, cette dualité alimente son écriture par fragments. «Mes fragments acquièrent la nationalité / du lecteur et passent les frontières des pays, / comme s’ils traversaient le temps dans tous ses états.»

La condition du poète moderne, ou postmoderne, est revécue ici, si on veut, du point de vue postcoloniale, et ses vers, comme dit Valéry, «ont le sens qu’on leurs donne.» Ou, peut-être, la condition perpétuelle de poésie sans lieu ni temps (un poème qui crée, avec le flux et l’ordre des paroles, son propre temps et espace qui transcendent le temps et espace ordinaires), qui vient vers nous pour être retraversée et interprétée.

Omer Massem
Pensieri per un poeta congolese

DI Matteo Veronesi

 

Per noi, il tempo dell’esotismo è definitivamente tramontato. Noi non possiamo più accostarci ad un poeta africano per mero desiderio d’evasione, di regressione ad una sfera ancestrale e selvaggia, con l’attesa di trovarvi un’espressione di forze prerazionali, vergini, originarie, da contrapporre alla nostra sofisticata stanchezza di cittadini del vecchio mondo; e nemmeno, come il Sartre della prefazione ad Orphée noir, o come certo Pasolini («E ora… ah, il deserto assordato / dal vento, lo stupendo e immondo / sole dell’Africa che illumina il mondo. // Africa! Unica mia / alternativa»), vedere nella civiltà africana una malleabile ed orientabile forza rivoluzionaria, un dinamitardo potenziale di rinnovamento.

Un poeta come Massem (non diversamente, del resto, dai poeti della négritude, dai Césaire e dai Senghor) rivive l’eredità africana attraverso la mediazione di un’approfondita e pienamente consapevole conoscenza della civiltà letteraria europea.

Per lui, come per noi, il patrimonio ancestrale della cultura africana – patrimonio di oralità, di rituali, di percorsi iniziatici, di simbologie sacrificali e catartiche,

di temporalità cicliche legate alla fertilità della terra, di narrazioni epiche come rito e come tessitura che mantenevano coesa e trasmettevano attraverso le generazioni una memoria, una Mnemosýne , millenaria – giunge attraverso un velo di lontananza e di perdita, schermato e filtrato dalle penombre di un tramonto imminente.

Il laboratorio della sua poesia è forse nel suo lavoro di critico, affidato fra l’altro alla densa monografia sulle Formes hermétiques dans la poésie française contemporaine (L’Harmattan, Paris 2013). La quale reca come epigrafe, emblematicamente, uno di quegli splendidi proverbi africani che hanno la densità e l’oscurità quasi orfica di arcaiche gnómai: «Il dicitore di proverbi morì per il proverbio che non poté interpretare».

Vi è dunque una densità oracolare, una enigmaticità profetica che accomuna la millenaria sapienza africana, affidata per larga parte al vivido ma precario tramite dell’oralità, alle forme più audaci, dense ed ellittiche della poesia novecentesca.

E il lettore potrà ritrovare anche nella produzione creativa di Massem molti di quegli stessi tratti che egli ravvisa nella poesia del secondo Novecento, fra Char e Bonnefoy (ma con vari antecedenti, da Scève a Mallarmé): la densissima essenzialità espressiva, la ricerca di una parola pura, la sfida all’ineffabile, all’indicibile, fino alla condizione di una parola che si immerge e naufraga nell’enigmatico bianco della pagina (un bianco-silenzio che sarà lo sguardo del lettore a potere e dovere popolare di un brulichio e di uno scintillio di sensi possibili); la destabilizzazione delle strutture consolidate, dei nessi coerenti e delle continuità logiche, fino all’«orchestrazione dell’impertinenza», all’armonizzazione dell’incoerente e del franto, teorizzata, per il discorso poetico, dal Gruppo µ; lo smarrimento, e la conseguente ricerca, diremmo con Valéry, delle «sources du poème», della sorgente originaria e del movente primo del dire poetico, taciuti e avvolti nelle spire di un dire oracolare; la «speranza metafisica» che si protende «al di là dei segni», verso un ulteriore orizzonte di significazione (tutti elementi, questi, per inciso, che il lettore italiano potrebbe utilmente riscontrare anche nell’Ermetismo propriamente detto e storicamentee definito e determinato, quello della nostra lirica novecentesca).

Eppure, proprio perché anche europeo, questo è del pari un libro profondamente africano. La Parola, benché oscurata o contaminata dalle finzioni, dalle illusioni o dagli inganni della modernità, è ancora (come nelle cosmogonie Dogon studiate da Griaule in un libro celebre o, con mirabile consonanza, in quelle egizie) principio cosmogonico, seme generatore, voce arcana che torna a vibrare nelle nervature e nelle membrane del Ngoma, letteralmente il tamburo rituale (e qui il nostraticista più audace, il visionario innamorato della monogenesi delle lingue può pensare, insieme, al Nómos greco, che è Legge, Norma, ma anche Modo musicale – al Nommo, divinità primordiale, «dio d’acqua», dei Dogon, come alla linea ondulata che nei geroglifici egizi denota le onde dell’acqua e segna il suono N – alla Anánke che forse deriva da ánkon – ma anche all’egizio menit, il sonaglio di Hathor, espressione sonora e mistica dell’essenza della divinità –); e l’esistenza dell’uomo pare sospesa sul Mpemba, sulla via d’acqua che conduce al regno dei morti, come il Nilo celeste corrisponde al Nilo terrestre, e l’Acheronte diventa Lete, il castigo feroce dolce dimenticanza.

Se nei poeti della négritude la fusione dell’écriture automatique e della poésie ininterrompue dei surrealisti con i ritmi e gli incantesimi della millenaria tradizione epica e sciamanica dell’Africa si traduceva in una torrenziale, inarrestabile, a tratti quasi oppressiva cascata di immagini, echi, suggestioni, analogie, evocazioni, solcata, scriveva Aimé Césaire, dalla «gerce lucide des déraisons» – in Massem questa vena di matrice arcaica, archetipica è invece passata attraverso i «bianchi», i silenzi meditativi o interrogativi, le sospensioni e le pause della poesia europea di matrice in senso lato ermetica, e si è dunque cristallizzata in parole dense e scolpite.

La «lentezza», parola e concetto chiave, attraversa tutta la raccolta.

Essa è, da un lato, il tempo arcaico e ciclico del mito e del rito, dissolti dalla modernità frenetica e divorante – e qui si potrrebbe citare ancora Césaire, la sua négritude come condizione assoluta, astorica, quasi metafisica, iperurania: «nègre depuis le fond du ciel immémorial» –, immagine mobile dell’eterrnità, fluire temporale che trapassa nell’oltretempo; lentezza, questa, che forse imprime anche al discorso della poesia il suo ritmo tagliente eppure composto, geometrico eppure mistico, ancestrale e a suo modo classico, quasi ieratico, come le forme di una maschera africana (era del resto Senghor a parlare di un ritmo poetico che è, «sous sa variété, monotonie, qui traduit le mouvement substantiel des Forces cosmiques de l’Eternel»); dall’altro lato, tale lentezza può essere la modernità stessa, il progresso stesso, tentatori, illusori, con il loro moto, la loro inesauribile e nevrotica spinta in avanti che in realtà cancella l’antico proiettando verso il vuoto, e azzera il tempo per dischiudere non l’eterno ma il niente, non la trascendenza ma la nullificazione, il conflitto, l’oppressione, la Tecnica alienante.

La tragedia della colonizzazione, e poi della sanguinosa guerra civile congolese che per larga parte è conseguenza delle arbitrarie suddivisioni territoriali da essa imposte, è evocata indirettamente, remotamente, quasi con una sorta di doloroso pudore, eppure, proprio per questo, in modo ancor più acuto e potente (i carnai innominati ed innumeri sepolti alle soglie del villaggio abbandonato, simbolo fulmineo, quasi come i camini, i forni, le ceneri di Celan e di Nelly Sachs, dell’apocalisse).

Come molti scrittori post-coloniali (esempio emblematico Walcott), il poeta è diviso fra l’eredità africana e la lingua in cui scrive, datagli dai dominatori («How choose / Between this Africa and the English tongue I love?», si chiede Walcott).

Ma proprio questa sua condizione, questa sua duplicità alimentano la sua scrittura per frammenti. «Mes fragments acquièrent la nationalité / du lecteur et passent les frontières des pays, / comme s’ils traversaient le temps dans tous ses états».

È rivissuta, qui, se vogliamo, dall’angolatura post-coloniale, la condizione del poeta moderno, o postmoderno, i cui versi, dice Valéry, «hanno il senso che loro si dà». O, forse, la condizione perpetua della poesia senza luogo e senza tempo (una poesia che crea, con il fluire e il disporsi delle parole, una propria temporalità e una propria spazialità, le quali trascendono quelle ordinarie), che ci si fa incontro per essere riattraversata e interpretata.

 

Rien de plus sûr
qu’un reflet de soleil le matin,
il nous rassure
dans la quête que nous poursuivons
la quête des mots qui vont vite,
comme des étoiles filantes,
des poussières de mots qui ne se fixent pas
des mots
qui nous laissent habiter leur rayonnement,
et tant que nous les reconnaissons,
nous souffrons de les voir mal habiller.

 

 

 

 

Au lointain, j’aperçois les cases
du village qui n’a plus de nom
aucune trace humaine aux alentours.

La nature fait ce qu’elle veut, allègre,
elle s’occupe de tout ensevelir
tout fait place au repos,
à ce trop de silence qui tue.

L’insouciance des dieux
active notre amertume,
on aimerait les avoir à notre service.

 

 

 

 

Je m’assois sur le flanc de coteau de Mindou
et là je pense à ce pays oublié par la modernité
mais avec joie, j’avance dans ce pays non pollué
traversé par des forêts clairsemées de champs abandonnés
même par les animaux sauvages.

J’avance dans ce pays où ne vivent plus ni bêtes ni insectes,
des filets géants les accrochent à la sortie des forêts galeries,
des chauve-souris, des moineaux et des colibris échouent
dans les mailles des derniers hommes.

Je m’assois sur le flanc de coteau de Mindou
et là, je vois la migration des fourmis-magnans
vers des terres plus hospitalières, emportant
le peu de vie sur leur passage.
on ne veut pas être seuls à disparaître.

 

 

 

 

Je suis ici en terre non promise,
simplement empruntée
par des hommes incapables d’éternité,
terre où ma voix s’agrippe
aux cimes des forêts
quand le vent de l’errance veut m’emporter au loin.

Depuis combien de temps,
ce pays est-il abandonné par ses enfants ?
personne ne le sait, car la lenteur dure longtemps.
et notre mémoire ne se souvient plus de tata Ngoma.

J’avance sur ce chemin de terre latéritique
qui se perd dans la chaîne montagneuse
de ce pays sans phare
et tout devient une épreuve à surmonter
pour situer les enfants au-dessus des grands-parents,
je suis la montagne sans nom,
je n’entre pas dans la lenteur
et mon corps me retenant au seuil de l’immensité,
aucune expérience ne vaudra les épreuves de demain.

J’entre dans l’espace de l’altérité
qui est mienne et je fixe mon amour
sur la surface des senteurs
pour que tout dure une éternité,
paroles sans origine qui éclairent
le visage des alliés de substance.

Je fixe mon regard sur les fragments sauvegardés
pour remplir le grenier en dépit de la rareté des champs,
du dessèchement des mots, des failles des cases vides…
Les toits des cases suintent,
l’herbe occupe l’espace habité
le mbongui n’est plus qu’un monologue
radiophonique avec des beuglements
de bêtes domestiques qui imitent
des voix humaines.

Sans se presser,
l’éternité prend le dessus,
comme elle a toujours su le faire,
avec un sourire triomphant
à peine voilé.

 

 

 

 

Les cases qui contenaient des vies
se sont effondrées,
personne n’a inventé le futur ici.

Les enfants de Moulandou
sont allés là où des hommes,
à la grande faim,
ont créé toutes les faims.

Happés par le village planétaire,
les enfants de ce pays ne sont plus là ;
alors s’effacent les figures de la mère et du père,
tel est le destin de nos villages.

Nulla è più certo
di un riflesso di sole la mattina,
ci rassicura
nella ricerca che conduciamo
la ricerca delle parole che vanno veloci,
come stelle cadenti,
polveri di parole che non si fissano
parole
che ci lasciano abitare il loro irraggiamento,
e mentre le riconosciamo,
soffriamo di vederle malvestite.

 

 

 

 

Scorgo, lontane, le capanne
del villaggio che non ha più nome
nessuna traccia d’uomini intorno.

La natura fa quello che vuole, allegra,
si occupa di seppellire tutto
tutto fa spazio al riposo,
a questo troppo silenzio che uccide.

La noncuranza degli dèi
attiva la nostra amarezza,
ci piacerebbe averli al nostro servizio.

 

 

 

 

Mi siedo sul pendio di Mindou
e là penso a questo paese dimenticato dalla modernità
ma con gioia, mi inoltro in questo paese non inquinato
attraversato da foreste costellate di campi abbandonati
anche dagli animali selvatici.

Mi inoltro in questo paese dove non vivono più né bestie né insetti,
reti immense li afferrano all’uscita dalle foreste a galleria,
pipistrelli, passeri e colibrì si impigliano
nelle maglie degli ultimi uomini.

Mi siedo sul pendio di Mindou
e là vedo migrare le formiche legionarie
verso terre più ospitali, portando
un po’ di vita sul loro passaggio.
non si vuole essere soli a scomparire.

 

 

 

 

Sono qui in terra non promessa
solo presa a prestito
da uomini incapaci di eternità,
terra dove si aggrappa la mia voce
alle cime delle foreste
quando il vento dell’erranza vuole portarmi lontano.

Da quanto tempo,
questo paese è abbandonato dai suoi figli?
nessuno lo sa, perché la lentezza dura a lungo
e la nostra memoria non si ricorda più di tata Ngoma.

Procedo su questa strada di terra lateritica
che si perde nella catena di monti
di questo paese senza faro
e tutto diventa una prova da superare
per situare i figli sopra i nonni,
io sono la montagna senza nome,
non entro nella lentezza
e il mio corpo mi trattiene alle soglie dell’immensità,
nessuna esperienza varrà le prove di domani.

Entro nello spazio dell’alterità
che è mia e fisso il mio amore
sulla superficie degli odori
perché tutto duri un’eternità,
parole senza origine che rischiarano
il viso degli alleati di sostanza.

Fisso lo sguardo sui frammenti risparmiati
per riempire il granaio malgrado la rarità dei campi,
dell’essicamento delle parole, delle crepe delle capanne vuote…
I tetti delle capanne trasudano,
l’erba occupa lo spazio abitato
il mbongui è ormai solo un monologo
radiofonico con muggiti
di animali domestici che imitano
voci umane.

Senza affanno,
l’eternità prende il sopravvento,
come ha sempre saputo fare,
con un sorriso di trionfo
appena velato.

 

 

 

 

Le capanne che contenevano vite
sono crollate,
nessuno qui ha inventato il futuro.

I figli di Moulandou
sono andati dove uomini
dalla grande fame
hanno creato tutte le fami.

Inghiottiti dal villaggio globale,
i figli di questo paese non ci sono più;
allora si cancellano le figure della madre e del padre,
ecco il destino dei nostri villaggi.

Essentiellement poète, Omer Massem est un opérateur culturel qui vit à Brazzaville en République du Congo. Critique littéraire, il est professeur de Langue et Littérature française à l’Université Marien Ngouabi. Il a publié trois recueils de poèmes chez L’Harmattan: Le couteau sans manche (2011), Ne plus voir. Paroles altières pour Jean-Blaise Bilombo Samba (2013), Les fragments sauvegardés (coll. 5 continents, 2014) et il est en train de publier le recueil Choses vraies. Présentée au Salon du livre de Paris en mars 2018, Matière de lenteur est son quatrième recueil de poèmes.

Essenzialmente poeta, Omer Massem è un operatore culturale che vive a Brazzaville nella Repubblica del Congo. Critico letterario, è professore di Lingua e Letteratura francese all’Università Marien Ngouabi. Ha pubblicato con l’Harmattan tre raccolte di poesia: Le Couteau sans manche (2011), Ne plus voir. Paroles altières pour Jean-Blaise Bilombo Samba (2013), Les Fragments sauvegardés (coll. 5 continents, 2014) e ha in corso di pubblicazione la raccolta poetica Choses vraies. Materia di lentezza è la sua quarta raccolta e sarà presentata al Salone del libro di Parigi nel marzo 2018.

No widget added yet.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Follow Us

Get the latest posts delivered to your mailbox:

%d bloggers like this: